Ieder in zijn eigen taal

©RV DOC

Où l'on dit tout le bien que l'on pense de l'usage des langues en Flandre.

On ne sait ce qui est pire. Que pareille décision puisse être prise, ou que cela ne surprenne même plus, en ce pays où le médiocre et le magistral ont l’habitude de se côtoyer, dans une certaine indifférence.

On résume, pour ceux qui ont cessé de suivre les soubresauts communautaires de la bête belge. La ministre des Affaires intérieures flamande, la rigolarde Liesbeth Homans (N-VA), a refusé de valider la nomination des bourgmestres de quatre des six communes à facilités linguistiques bordant Bruxelles – Aquarium, Babaorum, Laudanum et Petitbonum, aurait-on envie d’écrire.

Pourquoi diable? Parce qu’ils ont envoyé des convocations électorales dans la langue de leurs administrés – enfin, une seconde convocation, après que le gouverneur a écrit à tous in het Nederlands, comme il se doit.

Alors.

Déjà, on ne va pas ici croiser le fer à coups de circulaires Peeters et d’arrêts d’on ne sait quelle chambre du Conseil d’État. Surtout, on pense appréhender l’intérêt de défendre et perpétuer une langue lorsque celle-ci est niée, dépréciée, reléguée ou menacée. Autrement dit, rien de ce qui va suivre ne constitue un éventuel dénigrement envers les origines du mouvement flamand – c’est plutôt ce qui est fait en son nom à l’heure actuelle qui nous chipote.

On dispose par contre, entreposée dans un coin, d’une vieille théorie un peu poussiéreuse et bringuebalante, qui a résisté jusqu’ici à tous les nettoyages de printemps qui ont pu s’imposer à notre caboche. Alors on vous la livre – elle vaut ce qu’elle vaut, vous l’aurez compris.

Et veut ceci: si une personne oppressée ou mise en minorité vient, par la force du destin, à ne plus l’être et à bénéficier d’une position de force, mais n’intègre pas cet état dans sa chair et son intellect, le risque est grand qu’elle se mette, tout emmitouflée encore dans sa mentalité d’assiégée, à agir à son tour comme un oppresseur. Presque à son corps défendant – dans un premier temps du moins.

Sans doute en va-t-il de même pour certains esprits au nord du pays. Voilà, chez ceux-là, une langue qui a souffert pour être reconnue, a fini par s’imposer souverainement chez elle, et tente à présent de nier ou de restreindre l’existence d’autres.

Car quel est ce pays où s’adresser à ses concitoyens dans l’une des langues officielles constitue une faute passible d’une sanction faisant fi d’un verdict démocratique? Dans quel délire paranoïaque faut-il être plongé pour s’offusquer de la langue dans laquelle les commerçants rédigent leur devanture? Dans laquelle les gens s’expriment dans la rue? Comment ne pas comprendre que forcer le citoyen à demander, à chaque fois, qu’un document lui soit envoyé dans sa langue relève de la pure démarche vexatoire, éloignée de toute notion de "goed bestuur"?

Dans ce combat d’arrière-garde, qui sent la naphtaline et le lait caillé, on ne voit que deux choses. De la peur. Et de la petitesse d’esprit.

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