chronique

James Bond et les "evil losers"

Benoît Mathieu

Donald Trump en gamin de huit ans, Emmanuel Macron en intello et les internautes qui sont espiègles et volages, voici la chronique de Benoît Mathieu.

Nos réactions, si elles s’adressent à l’autre, en disent d’abord long sur nous. Forcément, après le drame atroce qui a frappé Manchester lundi soir, les marques de soutien ont afflué de toutes parts. Un exercice un peu vain – ça leur fait une belle jambe, aux victimes et à leurs proches – mais sans doute incontournable. Auquel les politiques ne sont pas les derniers à se livrer.

À ce petit jeu, Donald Trump remporte la palme de la formule la plus ramassée. Ceux qui ont perpétré cet attentat sont des "evil losers", des perdants malfaisants. Efficace, l’expression n’est certes pas à côté de la plaque, mais on la jurerait tout de même sortie de la bouche d’un gamin de huit ans. Une impression confirmée par le message laissé par le président des Etats-Unis au sortir de sa visite du mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, érigé en mémoire des victimes de l’Holocauste. "Amazing." On retrouve notre gamin de huit ans, qui résume sa virée à Disneyland entre potes.

En France, la palme de l’indignité revient à Nadine Morano – on ne vous parlera pas de Marine Le Pen et de son Front national. Nadine, c’est en quelque sorte la sœur cachée d’Alain Destexhe. Pas vraiment habituée à faire dans la dentelle politique. Et victime d’insomnies, apparemment. Mardi matin, à 5h26, elle accuse sur Twitter: le président Macron n’a pas encore réagi, quel scandale! Bête et méchant.

Il a évidemment réagi, le président français. Un peu plus tard, à une heure décente aurait-on envie de dire. Preuve qu’il dort bien la nuit, merci pour lui, ou à tout le moins qu’il ne se précipite pas sur tout pour raconter n’importe quoi. "Nous avons toutes et tous une communauté de destin en la matière", conclut son message posté sur Twitter. Ce qui n’a pas manqué de faire sourire, en ligne. En substance: il faut avoir bac + 8 ou bouclé l’ENA pour le comprendre, le Macron. L’internaute est espiègle.

En Belgique, la dignité était plutôt de mise – on ne vous parlera pas de Tom Van Grieken et de son Vlaams Belang. Réactions sobres, ou silence, ce qui est bien aussi.

Et puis, dans l’après-midi du mardi, on apprend le décès de l’acteur britannique Roger Moore. Une pointure tire sa révérence. Ô rage, ô désespoir? Ô vieillesse ennemie, surtout. Celui qui a campé, il y a quelques décennies, un célèbre barbouze macho et plutôt porté sur le martini affichait 89 ans au compteur, tout de même. La cruauté du monde n’a rien à voir là-dedansQu’importe. Petit à petit, sur les réseaux sociaux, la nouvelle prend le pas sur la catastrophe mancunienne. Et le lendemain, il n’y en a (presque) plus que pour Roger Moore. L’internaute, volage, passe vite à autre chose. Et cela, qu’est-ce que cela dit de nous et de nos priorités?

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