Kamikaze, le plus beau métier du monde?

©Aude Vanlathem

Voici trois ans, alors que Charles Michel lançait le MR comme seule formation francophone au Fédéral, il lui était reproché de s’acoquiner avec Azraël en personne et sa clique d’indécrottables indépendantistes.

C’est l’un des charmes de la politique made in Belgium. Elle ne manque pas de sel, ni d’ironie. Voici trois ans, alors que Charles Michel lançait le MR comme seule formation francophone au Fédéral, il lui était reproché de s’acoquiner avec Azraël en personne et sa clique d’indécrottables indépendantistes. Le MR allait se faire manger tout cru par la N-VA; tout cela ne tiendrait pas bien longtemps. Charles Michel n’était pas un Premier ministre, plutôt une sorte de kamikaze.

À Bruxelles et en Wallonie, par contre, c’était du sérieux, du solide, du fait pour durer. Le PS, avec toute son équipe, s’y engageait. Trois ans plus tard, on a vu ce que cela a donné. La Wallonie vient de changer de bord, tandis que Bruxelles flotte dans un joli brouillard artistique.

Charles Michel, lui, est sur un nuage. Le MR vient de s’emparer de la ministre-présidence wallonne et le Premier vient de résoudre l’impossible équation de la réforme de l’impôt des sociétés.

Un triomphe, loue la presse flamande. Michel, roi de Flandre. Comme quoi, les titres, ça va et ça vient. Il n’y a pas si longtemps, il était présenté comme une sorte de terne notaire, incapable de dompter son équipe de chamailleurs. Visiblement, l’homme sait manœuvrer et tient plus du maïeuticien que du notaire. Comment débloquer la situation? En donnant à chacun ce à quoi il tient le plus, pardi! N-VA, CD&V et Open Vld sont tous trois repartis avec leur trophée, ce qui explique ce petit côté de bric et de broc de ce grand accord estival.

Et le MR, que gagne-t-il dans l’histoire, hormis la couronne de laurier tressée à Charles Michel? Voilà longtemps qu’il n’exige rien – en tout cas publiquement. Sans doute n’en a-t-il nul besoin, lui qui s’accommode très bien des demandes des uns et des autres: une bonne partie lui convient parfaitement.

Il est d’autant plus paisible qu’à présent, la Wallonie ne sera plus là pour lui tirer dans les pattes. Parce qu’avec la nouvelle équipe en place, plus rien ne sera comme avant. C’en est fini de la Wallonie de l’assistanat!, a déclaré le grand débrancheur en chef Benoît Lutgen. On lui rappelle, à notre Houdini bastognard, que les catho-humanistes n’ont connu que cinq ans d’opposition depuis qu’existe la Région wallonne? Qu’ils sont aux manettes depuis 2004, sans interruption?

Que faisaient-ils donc, depuis 2014, sous Magnette? De l’assistanat?

Et puis, il faut relativiser le vent de fraîcheur soufflant sur le sud du pays. Quand est sorti, mercredi, le cliché immortalisant cette équipe du renouveau flamboyant, on était tout entier absorbé dans le budget mitonné par l’équipe Michel. On a tout juste eu le temps de se faire deux réflexions, au débotté. La première: voilà quand même beaucoup de visages vus et revus, et tout autant de mâles blancs déjà chatouillés par la cinquantaine. La seconde: mais non, ils n’ont pas ressuscité André Antoine pour le rebombarder ministre? Ah non, quand même pas, ce grand spécialiste du photovoltaïque reste au perchoir du Parlement wallon. En termes de renouveau, il n’y a là qu’une chose à signaler à l’horizon: l’ostracisme du PS et le retour aux affaires du MR. Point barre.

Ce qui ne gâche rien à l’humeur de Charles Michel le Triomphant. DJ Jobs est peut-être le seul qui n’a pas eu besoin de petite pilule magique pour afficher un sourire de Mickey ce vendredi soir à Tomorrowland. Kamikaze, finalement, c’est pas si mal comme situation.

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