L'école doit préparer au monde, pas à l'entreprise

©Aude Vanlathem

En ancien élève, on attend de l'éducation qu'elle enseigne les mythiques fondamentaux. En parent concerné, on s'inquiète de l'avenir professionnel qui attend nos chères têtes blondes. On en viendrait presque à oublier que l'école forme surtout des citoyens.

Ce qu'il y a de bien, en nos contrées médiatiques wallo-bruxelloises, c’est que l’enseignement y est toujours plus ou moins d’actualité. Le ciel y est lourd de réformes majeures qui tardent à tomber, au point qu’on en vient à douter qu’elles débarquent un jour et qu’on ne sait plus très bien ce qu’elles contiennent. Au moins se rappelle-t-on qu’il est question de mieux former nos profs et de rendre de l’excellence aux chagrines performances de notre système d’éducation.

Cette semaine, c’était plutôt plus. On a eu droit, lundi, à une enquête sur la taille des classes et vendredi, au fameux CEB – la Communauté française a le chic, aussi, pour affubler ses examens de noms barbares.

Alors on en profite.

Ce dont la société a besoin, c’est de citoyens. Éclairés. Cultivés. Critiques. Polyglottes. Ayant appris à douter, à remettre en question et à apprendre.

Parce qu’on avait pondu un peu rageusement, il y a quelque temps déjà, quelques-unes des lignes qui vont suivre. Sauf qu’au rayon expertise en matière d’enseignement, on doit se situer quelque part entre la bille et la truite. On est juste doté d’une certaine intuition, celle de l’ancien élève et du parent concerné – qui a dit inquiet? Pas le plus qualifié pour l’ouvrir donc. Parce que la politique à l’instinct, on a le bonheur de découvrir tous les jours où cela mène.

Bref.

Ce mercredi, par contre, on a eu la chance d’avoir un chef en face de nous. Andreas Schleicher, le "Monsieur Enseignement" de l’OCDE. On devrait en rencontrer plus souvent, des comme ça – vous trouverez son interview en pages 16 et 17, si vous tenez ce journal entre vos mains.

On lui a montré l’os qu’on rongeait, et il a eu les paroles que, pas si secrètement que ça, on espérait qu’il prononce. À savoir: "Je vois pourquoi on pourrait dire cela, mais je trouve que c’est une pensée dangereuse".

Allons-y donc. Cela fait quelques années que l’on entend cette rengaine politique, et elle a recroisé nos pavillons il y a peu. L’école doit mieux préparer à l’entreprise. Ca nous a directement hérissé. Et l’effet reste à chaque fois le même. On ne sait s’il faut y voir du cynisme ou une forme d’ignorance nimbée de prétention.

Déjà, on nous bassine de toutes parts que, dans un avenir pas vraiment lointain, la majorité des travailleurs occuperont des métiers qui n’existent pas encore aujourd’hui. Quelque part, cela reviendrait à former des cohortes d’élèves, non pas pour leur avenir, mais pour notre propre passé. À les mouler en fonction d’une organisation du travail dont on n’est même pas certains qu’elle existera encore à l’heure où ils débouleront sur le marché de l’emploi.

Surtout, quelle vision réductrice! L’école aurait pour mission de délivrer des outils de production – déjà menacés d’obsolescence, encore bien. De la ressource humaine.

Ce dont la société a besoin, c’est de citoyens. Éclairés. Cultivés. Critiques. Polyglottes. Ayant appris à douter, à remettre en question et à apprendre. Prêts, autant qu’on puisse l’être, à affronter un avenir dont on ne sait rien.

L’école doit former au monde, pas à l’entreprise. Ca a quand même plus de gueule et d’envergure.

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