chronique

La Belgique, vue de loin

Benoît Mathieu

Plus d’un mois en goguette à l’autre bout du monde, cela peut paraître long. Très court, en même temps: on a l’impression d’avoir retrouvé la Belgique exactement là où on l’avait laissée, empêtrée dans les mêmes polémiques et parcourue par les mêmes lignes de fracture. Comme si on n’était jamais parti.

On vous revient tout juste de l’autre côté du globe (à peu de chose près), où l’on a passé quelques semaines. On ne dit pas cela pour se la ramener, mais plutôt pour vous parler de ce que l’on a ramené de là-bas.

Sur place, on avait décidé de baigner dans une certaine déconnexion, plus laxiste que rigide, laissant remonter de la Belgique ce que de brèves incursions sur les réseaux sociaux voudraient bien nous jeter à la pupille.

Qu’a-t-on aperçu de la Belgique, depuis ce petit bout de lorgnette?

Ceci.

On a suivi d’un œil distrait le pas de deux entamé à Mons par le marsupilami du MR Georges-Louis Bouchez et celle qui était censée incarner le regain de jeunesse du cdH, Opaline Meunier. Plus que la chorégraphie exécutée par les deux ambitieux tourtereaux, c’est la ligne adoptée par le parti humaniste qui valait le coup, sublimant le génie tactique de Benoît Lutgen.

Enfin, ligne. Peut-être faudrait-il parler d’entrelacs ou de volutes – on est prêt à parier que même Benoît Lutgen n’a pas entièrement saisi ce que le président du cdH pensait de tout cela.

Une politique "ferme mais humaine". Cette tentative d’atténuation peut être vue de deux façons. Elle est soit inutile, soit encombrante.

Puisque l’on parle de Mons. On a cru comprendre qu’Elio Di Rupo faisait toujours mine de ne pas comprendre que l’avenir de son parti ferait mieux de s’écrire sans lui.

Si l’ex-Numero Uno se soucie tant que cela de sa propre préservation, on aurait envie de lui suggérer la piste de la cryogénisation. ça, c’est du bail de longue durée.

Pendant ce temps-là, à la RTBF, on découvrait qu’il existe des poids et des mesures de toutes sortes et de calibres différents. Avec mise en pratique immédiate.

Ainsi le journaliste Eddy Caekelberghs a-t-il été illico écarté quelques jours de l’antenne pour avoir suscité le courroux d’Olivier Chastel, le pourtant mesuré président du MR. Au moyen d’un mail certes un brin véhément, tentant de rappeler à des bleus virant de plus en plus conservateurs ce qu’un libéral pur jus (Michel père) pensait, en 2009, de la migration.

On ne peut pas vraiment dire qu’à Reyers, la même célérité s’est appliquée au cas Benjamin Maréchal. Il a fallu que l’imagination en roue libre de l’animateur finisse par véritablement remuer la fange pour que la direction ne l’invite à mener d’autres projets – sans pour autant l’avoir désavoué le moins du monde.

De son côté, le gouvernement Michel, de plus en plus allergique à la critique au risque de finir confit dans ses certitudes, s’est mis en tête de pondre une nouvelle appellation pour le concept de perquisition. Il est vrai que "visite domiciliaire", ça sonne mieux et fait un brin moins intrusif.

Le tout, en répétant à l’envi le slogan emprunté à Maggie De Block: il mène une politique "ferme mais humaine" – il existe une variante, plus rare: "humaine mais ferme". C’est creux et cela n’engage à rien; on appelle cela un "élément de langage".

Cette tentative d’atténuation peut être vue de deux façons. Elle est soit inutile, soit encombrante.

Inutile: ce "mais humaine" ressemble à s’y méprendre au "je ne veux pas critiquer mais" de celui qui s’apprête à sortir la sulfateuse. "Ferme" tout court fera très bien l’affaire et sera sans doute plus honnête. La suite est comme le "h" de cdH ou de Hawaï, elle ne sert pas à grand-chose.

Encombrante: on a justement très envie d’aller soulever le couvercle des casseroles de celui qui se sent obligé de préciser qu’il mène une politique "humaine".

Au final, plus d’un mois en goguette à l’autre bout du monde, cela peut paraître long. Très court, en même temps: on a l’impression d’avoir retrouvé la Belgique exactement là où on l’avait laissée, empêtrée dans les mêmes polémiques et parcourue par les mêmes lignes de fracture. Comme si on n’était jamais parti.

Ah oui. Il y a eu ceci également. La dilution du cours d’histoire au sein du futur tronc commun dans l’enseignement secondaire. Mais cela, c’était une petite farce, n’est-ce pas?

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content