chronique

La chute de l'empereur

Benoît Mathieu

Où étaient-ils, durant 16 ans, ces cadors de l’éthique qui se sont rués sur un Mayeur à terre?

Ainsi donc, l’empereur du boulevard Anspach est tombé, entraînant avec lui sa doublure féminine. Cela a profondément chagriné le grand patron Di Rupo, qui a pris acte de la "décision nécessaire" d’Yvan Mayeur. Même pas un peu de pommade, sous la forme d’un petit couplet sur le travail accompli. Et pas un mot sur la présidente du CPAS. Peraïta? Connaît pas.

La pression était trop forte et le retrait du bouillant Mayeur, inévitable. Jeudi, c’était gestion de crise au sein de la team Onkelinx. Jugez plutôt. Au sortir de la présentation du rapport de la commission d’enquête sur les attentats, au lieu de se prêter au jeu des caméras comme les Dewael, Ducarme et autres Dallemagne, Laurette Onkelinx a filé à l’anglaise.

C’est que la patronne du PS bruxellois avait un petit Publifin sur les bras. Publifin, la comparaison n’est-elle pas trop forte, surtout au vu des montants en jeu? Pas vraiment. Dans cette histoire de Samusocial, on retrouve tous les ingrédients qui ont fait le sel de la saga liégeoise.

Tout cela propulse Rudi Vervoort au rang de Nostradamus d’or de la politique, au côté de François Hollande.

Des rémunérations dont on ne sait trop à quelles prestations elles correspondent. Une transparence au top: lorsque la Région demande des comptes, on lui envoie Maître Uyttendaele pour lui mordre les chevilles. Quoi, vous n’avez pas lu le panneau "propriété privée" à l’entrée? Le bidule a beau exercer une mission de service public et être biberonné aux subsides (98% de son budget), c’est le jouet privé du tandem Mayeur-Peraïta. Et en guise de défense, on parle de "maladresse", on justifie les émoluments par la "masse de travail" et on loue l’action de l’outil incriminé. Publifin, on vous disait.

Notez que c’est pratique, cette histoire d’ASBL privée, et donc de mandat privé. Cela permet de dépasser le plafond de rémunération autorisé dans le public. Tranquillou. Une aubaine pour Yvan Mayeur, chez qui les fins de mois ont souvent été tendues. En 2007, on le retrouvait ainsi dans les rangs d’une manifestation en faveur du pouvoir d’achat, se plaignant des ravages de l’inflation. "Mon salaire est bloqué, comme les autres. Quand la vie augmente, elle augmente pour moi aussi." À l’époque, Yvan-la-galère n’était que député, président de CPAS, président des hôpitaux Iris et conseiller communal. Dur.

Publifin? On vous rappelle la saga Vivaqua, quand Mayeur tentait de créer des filiales à la sauce société anonyme, afin de diversifier les revenus de l’intercommunale bruxelloise, en se lançant dans le marché de la fibre optique?

Ce qui est rigolo, c’est que tout ceci propulse le ministre-président bruxellois au rang de Nostradamus d’or de la politique, au côté de François Hollande. "Un Publifin est impossible à Bruxelles", prédisait en janvier le visionnaire Rudi Vervoort.

©Stefaan Temmerman

En attendant, l’affaire du Samusocial laisse en suspens quelques questions et constats.

Les premières inquiétudes sur la gestion du Samusocial remontent à 2001. Où étaient-ils, durant 16 ans, ces cadors de l’éthique qui se sont rués sur un Mayeur à terre?

Laurette Onkelinx, elle, a défendu son protégé jusqu’au bout. Quitte à compromettre le printemps qu’elle promettait au PS à la fin avril encore. "Le PS va rebondir", clamait-elle. Effectivement, il y en a, des rebondissements. On n’est juste pas certain que c’est cela qu’elle avait en tête.

À ce propos, on a une pensée émue pour les militants du PS, ces éternels cocus. Qui se prononçaient massivement, ce week-end, en faveur de la publication des présences aux réunions lorsque le mandat public est rémunéré.

On termine sur un message d’espoir à l’adresse d’Yvan Mayeur, qui a perdu à la fois la Ville de Bruxelles et la face. En 2018, l’inflation va repasser sous les 2%, à 1,5%, à en croire le Bureau du Plan. On se console comme on peut.

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