chronique

La mitre, la rime et la matraque

Benoît Mathieu

On ne va pas trop s’attarder sur cette polémique en plasticine, énième déclinaison sur la "dilution de nos belles valeurs occidentales". Enfer!

Sur la mitre du Saint-Nicolas livré par Solidaris dans le cadre d’un concours de dessin, la croix a disparu, remplacée par un offensant petit cercle. À ceux dont la rate se dilate dangereusement, on ne saurait que conseiller ceci. Respirez un grand coup, ressortez vos Caran d’Ache et coloriez-le, ce Saint-Nicolas. Cela vous rappellera votre enfance, stimulera quelques synapses assoupies et vous évitera un dommageable déversement de bile.

Non. En ce joli week-end, on va plutôt vous causer de zones de police à Bruxelles. Une marmite qui mijote en permanence mais s’est remise à bouillir depuis les émeutes qui ont secoué le centre de la ville. La Flandre réclame, plus que jamais, la fusion des six zones existantes – N-VA en tête.

On ne peut s’empêcher de la trouver assez cocasse, cette toquade "unioniste" des nationalistes flamands, eux dont la marotte est plutôt de scinder tout ce qui leur tombe sous la main.

Côté francophone, c’est le blocage – même si de part et d’autre, on a pu observer, cette semaine, quelques marques de souplesse et ébauches de compromis.

On est juste étonné par la posture intellectuelle bruxello-francophone. Finalement assez proche du "on a toujours fait comme ça".

On ne va pas s’inventer expert en sécurité, spécialiste du grand écart entre coordination centralisée et police de proximité. On est juste étonné par la posture intellectuelle bruxello-francophone. Tout fonctionne bien, alors non merci. Finalement assez proche du "on a toujours fait comme ça". Peut-on honnêtement affirmer que l’organisation actuelle est optimale?

Quelque part, c’est effectuer le raisonnement à rebrousse-poil. La question serait plutôt: en partant d’une page blanche, comment organiser efficacement les services de sécurité au sein de la capitale européenne, et du fouillis institutionnel belge? Ensuite, on pourrait phosphorer sur la meilleure façon de faire tendre le cadre existant vers cet idéal un brin théorique. Voilà qui aurait plus d’allure que ce blocage de principe.

Qui tient plus de l’allergie et de l’émotionnel que du rationnel.

Exactement comme l’autre polémique de la semaine. Où certains, sous couvert de féminisme, auraient voulu voir l’Union belge de football renoncer au choix du rappeur Damso pour la composition de l’hymne des Diables Rouges. D’accord, William Kalubi (dans le civil) a déjà eu la rime assez salace et dégradante. Mais ne le laisserait-on pas d’abord l’écrire, sa chanson, histoire de juger sur pièce?

Ce qui nous chipote, c’est ceci: ce combat-là est-il mené au nom du respect de la femme? Ne faudrait-il pas plutôt y voir une incompréhension générationnelle, doublée d’un dénigrement atavique de la culture rap, basé sur la méconnaissance?

Autrement dit: le féminisme peut-il être réactionnaire? Vous avez une heure.

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