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La politique belge, ce vieil Autoworld

Benoît Mathieu

Décidément. Après Joëlle Milquet, voilà Laurette Onkelinx qui fait mine de tourner la page de la politique. Enfin, pour l’heure, il s’agit surtout de faux départs. Joëlle Milquet ne déserte que Bruxelles. Et Laurette Onkelinx ne quittera la scène qu’en 2019. Deux ans, c’est long en politique – une éternité, disent même certains. Surtout, d’ici-là, elle ne lâche pas grand-chose, en termes de pouvoir. Et sera toujours bien placée pour veiller au processus d’élaboration des listes électorales.

ça tombe plutôt bien pour le fiston, Julien Uyttendaele. Judicieusement placé, en 2014, à la troisième suppléance. Une place en or. De quoi lui permettre d’occuper un des 21 sièges décrochés par le PS au Parlement bruxellois, alors qu’il n’a réalisé que le… 55e score de la liste socialiste.

On ironise mais n’empêche. Voilà une page qui se tourne. D’aussi loin que notre mémoire porte, Laurette Onkelinx a toujours été là. En poste. Elle était dans l’ordre des choses, presque. Il y a des nuages dans le ciel et au PS, il y a Laurette. Et Elio, aussi. Justement: la sortie annoncée de celle-ci rend d’autant plus incongru le maintien éternel de celui-là.

Quelque part, au fond de nous, est tapie l’impression que le pays est géré par la génération de nos parents. C’est la Belgique de papa, ou des fils à papa, en mode perpétuel.

Cela dit, il en reste une belle tripotée, de dinosaures immémoriaux. Puisque l’on parle d’inamovibles, on a toujours associé Laurette Onkelinx à Didier Reynders, ne leur en déplaise. Une sorte de tandem, uni dans leur numéro de meilleurs ennemis. Au rayon antiquités, pointons encore Olivier Maingain, Charles Picqué, Didier Gosuin ou André Flahaut.

Qu’il n’y ait pas de malentendu. On est loin d’être un fanatique de la retraite anticipée en politique, ni du jeunisme. Avec l’âge, vient aussi l’expérience, et parfois la sagesse. Et des jeunes, on en a connu dont on se serait bien passé, comme l’écervelé Laurent Louis. Ou celui qui siège actuellement au gouvernement et se prend pour un technicien de surface. Lui, par moments, on l’échangerait bien contre une brochette Milquet, Onkelinx, Michel père et même Nothomb.

Cela étant, on ne peut pas vraiment dire que le renouvellement des cadres ait causé des ravages. Au risque de caricaturer, le trombinoscope de la politique belge n’est pas sans rappeler la galerie désuète d’un vieux musée, façon Autoworld ou Musée de l’armée. Surtout que parmi les petits jeunes de la bande, un certain nombre affichent un patronyme qui fleure bon la filiation, la continuité et les années 90.

Or le pouvoir, ça use. Et pour le spectateur, s’installe l’impression de voir défiler les mêmes têtes, ou les mêmes noms, depuis des décennies. Sans doute pas le meilleur remède pour (res) susciter l’enthousiasme des administrés. C’est ce qui explique, parfois, l’apparition de soudaines coqueluches. Ou quand une nouvelle tête qui passait par là suscite une éruption d’enthousiasme, même si elle ne raconte rien de neuf. (Monsieur Macron, si vous nous lisez.)

Quelque part, au fond de nous, est tapie l’impression que le pays est géré par la génération de nos parents. C’est la Belgique de papa, ou des fils à papa, en mode perpétuel. Comme si notre génération n’était pas encore parvenue à prendre les commandes.

Au fond, ce qui se passe actuellement, c’est sans doute cela. Un basculement progressif, un lent passage de témoin, un peu à contrecœur, presque involontaire. Rien ne prouve que ce sera pour un mieux, cela dit. Mais au moins, on pourra essayer. Avec le risque suivant: si jamais cela venait à foirer, il ne sera plus permis de pointer l’étage du haut pour désigner les coupables.

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