chronique

La présidence d'un parti se joue en coulisses

La chronique d'Alain Narinx

L’heure est au grand chambardement dans les partis politiques belges. La quasi-totalité d’entre eux sont en passe de renouveler leur présidence ou viennent de le faire.

Côté francophone, Elio Di Rupo a confirmé cette semaine qu’il quittait le boulevard de l’Empereur d’où il dirige le PS depuis près de vingt ans. Sauf énorme surprise, Paul Magnette lui succédera dans un mois.

Au MR, les trois derniers présidents – Charles Michel, Olivier Chastel et Didier Reynders – ont choisi des destins européens, tournant la page de quinze ans d’histoire du parti libéral. L’indécision demeure sur l’identité du futur patron des bleus. Willy Borsus, le candidat le plus évident, a décliné.

Chez Ecolo, un nouveau tandem, composé de Jean-Marc Nollet et de Rajae Maouane, a été élu dimanche dernier. Maouane est une débutante et Nollet lui-même n’est à la tête des verts que depuis dix mois.

Au cdH, Maxime Prévot est en poste depuis fin janvier dernier. Enfin, DéFI va connaître un changement majeur puisqu’Olivier Maingain va passer la main cet automne après avoir dirigé les amarantes depuis 1995! Seul le PTB garde une direction identique depuis une dizaine d’années, incarnée par la figure de Raoul Hedebouw, son porte-parole.

En Flandre, la situation est presque semblable. Le CD&V, l’Open Vld, le sp.a et Groen cherchent tous une nouvelle hiérarchie, au contraire de la N-VA et du Vlaams Belang. Cela traduit une forme de crise existentielle des partis traditionnels, bousculés sur leur droite.

Le changement de présidence s’accompagne rarement d’un débat interne et d’une vraie élection.

C’est assez inédit de voir autant de partis renouveler leur direction à la même période. Le triple scrutin de mai dernier, qui a rebattu les cartes pour la première fois depuis 2014, explique en partie le phénomène.

La situation est tout sauf anodine. Car dans le système belge où la particratie règne en maître, le président (ou la présidente) d’un parti est le vrai détenteur du pouvoir. C’est lui (ou elle) qui, plus ou moins entouré d’un cercle rapproché, nomme les ministres, distribue les maroquins les plus précieux, tranche les listes électorales, négocie les accords les plus importants, donne l’impulsion politique sur les dossiers clés, etc. En coulisse, c’est donc toute l’ossature de la politique belge des prochaines années qui est en train de se jouer.

Or, aussi importante soit la fonction, aussi décisif soit le choix pour l’avenir d’un parti, le changement de présidence s’accompagne rarement d’un débat interne et d’une vraie élection. Au mieux, l’homme de consensus de l’appareil du parti fait face à un adversaire de pure forme. Même chez Ecolo, où on est pourtant peu avare de bagarre homérique d’habitude, l’élection du week-end dernier s’est déroulée sans challengers et sans vagues. L’histoire politique connaît évidemment des compétitions ouvertes – en son temps, Charles Michel avait battu Daniel Bacquelaine de justesse, par exemple – mais ce sont des exceptions.

Les partis veulent éviter d’afficher au grand jour leurs potentielles dissensions. Il faut afficher une image d’unité et délivrer un message sans équivoque. Ce qui, soit dit en passant, est de toute façon une illusion. Même s’ils se rassemblent sur de grandes idées communes, les membres d’un parti peuvent avoir des opinions divergentes à certaines occasions, ce qui est parfaitement normal (et même plutôt sain). La faiblesse de cette façon de procéder est que les partis deviennent des organisations opaques, dirigées par un petit groupe, et dont le chef n’a qu’une légitimité de façade.

Enfin, chaque parti a sa dynamique particulière. Mais un trait commun est la difficulté à trouver la perle rare à la présidence. Pour le dire autrement, on ne se presse pas toujours au portillon. Car si la fonction jouit d’un prestige et d’un pouvoir considérables, elle est aussi très exposée, elle requiert un investissement de tous les instants et elle s’avère donc humainement usante.

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