chronique

La tornade et le ventilateur

Benoît Mathieu

Au Parti socialiste, les promesses de renouvellement et de décumul ont laissé place au ronronnement des ventilateurs, dans des bureaux que plus personne ne veut quitter.

Allez. C’est imminent et devrait être bouclé d’ici la mi-décembre, paraît-il. Muriel Targnion va être bombardée présidente de Publifin. Enfin, dites plutôt Enodia, la nouvelle appellation, chic comme une marque de yaourt, censée faire passer le parfum des scandales politico-financiers.

Mais rassurez-vous: si le nom change, les pratiques restent bien implantées. L’équipe en place itou. Car qui est Muriel Targnion, outre la bourgmestre socialiste de Verviers? Une proche de Stéphane Moreau, qu’elle a déjà vaillamment défendu.

Catherine Moureaux a reçu la bénédiction de Laurette Onkelinx pour cumuler son poste de bourgmestre avec son job de députée bruxelloise. Ce qui est pourtant explicitement barré par les statuts "new look" du Parti socialiste.

Autrement dit, le changement, c’est pour plus tard. Le PS liégeois n’en fait qu’à sa tête. Qu’importe si ses méthodes ont dégénéré par le passé. Et si cela fait grincer – on en est à la 3572e incantation lancée depuis Namur, où l’on va bientôt être à court d’idées après avoir usé les "pas de côté" et les menaces d’envoi de commissaires du gouvernement. Tout ça avec la bénédiction locale du MR, et du cdH jusqu’il y a peu.

Et dire qu’on allait avoir droit à une tornade éthique socialiste suite à cet énième scandale. Tornade qui a visiblement porté jusqu’à Molenbeek. Où Catherine Moureaux, tout comme l’un de ses échevins, a reçu la bénédiction de la grande patronne bruxelloise Laurette Onkelinx – qui n’était pas en partance, au fait? – pour cumuler sa fonction de bourgmestre avec son job de députée bruxelloise. Ce qui est pourtant explicitement barré par les statuts "new look" du Parti socialiste, Molenbeek comptant plus de 50.000 âmes.

Voilà, autant tordre des statuts dont l’encre est à peine sèche. Motif invoqué? Ne pas défriser le Parlement bruxellois avec un chamboulement aussi fondamental que la montée de deux suppléants. On leur rappellerait que l’astuce du suppléant a été ficelée pour ça, justement: permettre à une assemblée de survivre au départ d’un député appelé vers d’autres cieux? Pratique, au passage. L’intéressée ne démissionnant pas, elle conserve vraisemblablement le droit à ses indemnités de sortie. Le monde est bien fait.

Vraiment, continuez comme cela, vous êtes parfaits.

En termes de tornade éthique, tout cela ressemble plutôt à un petit ventilateur de bureau. Dont on peut moduler la puissance en fonction de ses envies.

Et pendant ce temps-là, Elio Di Rupo rempile en tête de liste pour les législatives, alors qu’il aurait pu profiter de l’occasion pour s’éclipser avec élégance. Au lieu de quoi, lui aussi cumule: présidence de trop, et élection de trop.

On ne sait pas exactement si c’est triste ou piquant. Lorsqu’il a déboulé sur la scène politique, Elio Di Rupo en a dérangé des vieux dinosaures socialistes qui ont tenté de le mettre au pas. Et le voilà à présent, plus de trente ans plus tard, sorte de brontosaure habile mais usé, reproduisant en quelque sorte le même schéma.

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