chronique

La Vivaldi minoritaire en Flandre, une question de symbole

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La Vivaldi sera minoritaire en Flandre. C'est parfaitement démocratique. Mais cela reste difficile à accepter au Nord du pays.

C’est peut-être le talon d’Achille de la future coalition Vivaldi: elle ne dispose pas de majorité dans le groupe linguistique néerlandais de la Chambre. Est-ce antidémocratique? Absolument pas. La Constitution ne l’impose pas. Celle-ci requiert simplement qu’un exécutif bénéficie d’une majorité simple de députés, qu’ils parlent la langue de Voltaire ou celle de Vondel. Seules certaines lois spéciales doivent être votées avec des majorités particulières (aux deux-tiers, avec une majorité dans chaque groupe linguistique). Est-ce sain? Sans doute pas. Le pays gagnerait en stabilité à ce que le gouvernement qui le représente dispose d'une majorité dans chacune des deux grandes communautés.

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement fédéral fonctionne avec une minorité flamande. C’était déjà le cas sous Di Rupo (2011-2014). A l’inverse, les francophones ont subi le même sort – sans que la Flandre ne s’en émeuve beaucoup d’ailleurs – sous la "suédoise" de Charles Michel (2014-2018, seul le MR était partie prenante, représentant moins d’un quart de l’électorat francophone) et sous le gouvernement Martens V (1981-1985).

La minorisation des Flamands sous la Vivaldi est surtout symbolique. La coalition est composée de quatre partis flamands (contre trois francophones) et de 42 sièges néerlandophones sur 89, ce qui lui assure tout de même une large représentativité. La parité linguistique au Conseil des ministres – le moteur du pouvoir – garantit un équilibre entre flamands et francophones. Et comme les décisions s’y prennent par consensus, il n’y a donc aucune possibilité que les Flamands soient réellement mis en minorité. Au pire, ils peuvent faire tomber le gouvernement. Au Parlement, une procédure dite de la "sonnette d’alarme" permet aussi à un groupe linguistique de stopper le processus législatif s’il estime que ses intérêts sont lésés. Les garde-fous sont donc bien présents. Enfin, des personnalités flamandes occupent des postes clés à tous les échelons de l’administration fédérale.

Un vrai problème

Pourtant, l’absence de majorité en Flandre reste un vrai problème pour de nombreux Flamands, même pour ceux qui ne sont a priori pas de fervents nationalistes. Pourquoi est-ce si sensible? La première raison est évidemment arithmétique. La Vivaldi n’a pas de majorité dans une région dont les habitants sont nettement majoritaires en Belgique. Les deux premiers partis de Belgique (N-VA et Belang, 1,9 million de voix ensemble) sont écartés du pouvoir. Les quatre partis flamands de la Vivaldi sont de "petites" formations. C’est parfaitement possible dans un système politique proportionnel où se forment des coalitions mais cela heurte, il est vrai, le bon sens. C’est nier le "signal de l’électeur" et manquer de respect à la volonté générale flamande. Sauf que ce fameux "signal" est interprétable à souhait. On peut tout aussi bien épingler, par exemple, que la N-VA a perdu 300.000 voix (huit sièges) au dernier scrutin pour justifier son renvoi dans l’opposition.

Une autre raison est politique. La N-VA a, dès après les élections de mai 2019, mis la pression en faisant de cette majorité flamande un principe à respecter pour tout nouveau gouvernement fédéral. Et pour cause: elle se savait indispensable dans ce cas… Elle savait, aussi, que cette condition rendait la formation d’un nouvel exécutif plus compliqué. Or, montrer que le niveau fédéral est ingérable ou qu’il est "anti-flamand" renforce son idéologie séparatiste. Les hésitations du CD&V ont aussi accentué l’effet de loupe médiatique sur cette question. Derrière la crainte d’une minorisation de la Flandre se joue en fait une bataille éminemment politique.

L'argument économique

L’autre argument est d’ordre économique. "La Flandre paie 70% des impôts et verse des milliards en transferts, et voilà comment on nous remercie", a résumé Bart De Wever il y a quelques jours. Le président de la N-VA a quelque peu gonflé les chiffres au passage, mais le constat est tout de même correct: le Nord du pays, plus riche, contribue très largement à la prospérité belge et à la solidarité avec la Wallonie et Bruxelles. Dans ce contexte, le sentiment prédominant en Flandre est celui-ci: ceux qui font tourner le pays et délient les cordons de la bourse doivent être aux manettes et prendre les décisions. Un juste retour sur investissements en quelque sorte. Intuitivement, ça parait logique, juste, légitime. Mais c’est démocratiquement faux. Le principe d’une démocratie, c’est "un homme, une voix". A moins de vouloir rétablir le suffrage censitaire, les plus riches ne comptent pas davantage que les plus pauvres.

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