La chronique d'Alain Narinx, newsmanager Economie & Politique

C’est un sentiment diffus mais perceptible: la lassitude, voire le ras-le-bol, vis-à-vis de notre système politique gagne une partie croissante de la population.

L’incapacité à former un gouvernement fédéral en est le dernier avatar, mais le malaise est plus profond. Il concerne les dysfonctionnements de nos institutions, la non-gestion, l’enchevêtrement des responsabilités, le blocage de certains dossiers, la cacophonie entre les différents niveaux de pouvoir… Le message qui transparaît de plus en plus souvent parmi les citoyens est: "Il faut que cela change." Et, à la limite, peu importe comment… C’est ainsi qu’en Wallonie et à Bruxelles, l’opposition à toute réforme de l’État s’amenuise.

Alors qu’ils n’étaient "demandeurs de rien" il y a quelques années encore, les francophones seraient maintenant davantage enclins à s’y préparer. Dans un récent sondage (Le Soir, RTL, Ipsos, VTM, Het Laatste Nieuws), 40% des Belges (et un tiers des francophones) sont carrément favorables à l’organisation d’un référendum sur la scission de la Belgique. Ce n’est pas une majorité, certes, mais c’est une proportion non négligeable pour une initiative aussi spectaculaire et tranchée.

La machine belge a besoin d’une révision en profondeur. Faute de quoi elle finira par casser totalement…

Dans une époque où tout est fortement polarisé, les compromis "à la belge" font moins recette. Or notre modèle politique est précisément basé sur ces compromis et des structures compliquées. C’est tout le drame belge: à force d’effectuer des réformes de l’État successives qui s’apparentaient davantage à de la gestion de crise plutôt qu’à un plan mûrement réfléchi, on a créé une machine hideuse aujourd’hui grippée.

Le rejet de cette usine à gaz belge et de ses travers est d’ailleurs aussi un des ressorts du vote pour les partis nationalistes en Flandre. Le projet indépendantiste est une illusion, mais il présente l’avantage d’être – sur papier – clair et simple. Selon le dernier baromètre, un Flamand sur deux voterait pour la N-VA et le Vlaams Belang.

Les nationalistes flamands ont coutume de marteler que la Belgique est en fait composée de deux démocraties côte à côte, réunies seulement par le roi, les Diables rouges, les bières, les pralines… La caricature, qui veut présenter la séparation non seulement comme inéluctable mais comme logique et souhaitable, est fausse. Il y a évidemment deux (et même trois) opinions publiques avec des différences de sensibilité, de contexte social et économique, de culture… Mais il y a aussi beaucoup de points de convergence.

D’autres solutions peuvent être imaginées: une hiérarchie des normes, une meilleure répartition des compétences (ce qui peut inclure certaines refédéralisations), un gouvernement fédéral automatiquement composé par les partis au pouvoir dans les Régions, etc.

Une certitude: la machine belge a besoin d’une révision en profondeur. Faute de quoi elle finira par casser totalement…

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