chronique

Le coronavirus, un "game changer" pour la formation du gouvernement?

Newsmanager

Le président du CD&V propose un "gouvernement corona". Le virus peut-il dégripper la formation du gouvernement? Peut-on affronter une crise sanitaire en affaires courantes? Décryptage.

Et si le coronavirus était un "game changer", un événement inattendu, un déclic, pour la formation d’un gouvernement fédéral? Le président du CD&V Joachim Coens a suggéré vendredi la mise sur pied rapide d’un gouvernement pour gérer la crise sanitaire potentielle liée au virus. Et au passage s’occuper du budget, de la compétitivité et du pouvoir d’achat. Autrement dit, il s’agirait de porter un vrai gouvernement sur les fonts baptismaux. En soi, cette idée n’est d’ailleurs qu’un nouvel emballage pour une solution qui a déjà circulé maintes fois, à savoir constituer un exécutif d’urgence, aux thématiques resserrées. 

Un nouvel élément ou une pression extérieure est nécessaire pour faire bouger les lignes dans les partis.

En politique, l’apparence compte. Le coronavirus pourrait être cet élément déclencheur, ce prétexte, qui justifie un revirement vis-à-vis de l’opinion publique. Par exemple, le CD&V pourrait se "déscotcher" de la N-VA et accepter de gouverner sans les nationalistes au nom de la responsabilité face à une crise d’ampleur. À ce stade, on n’en est pas encore là. Ce gouvernement "corona" n’est qu’une hypothèse. Mais on entre dans une nouvelle phase de dramaturgie.

Et il est certain qu’un nouvel élément ou une pression extérieure est nécessaire pour faire bouger les lignes dans les partis. Lors de la fameuse période de 541 jours sans gouvernement en 2010-2011, le "spread" (l’écart de taux avec le Bund allemand, la référence) avait augmenté durant les négociations. La pression des marchés sur la dette belge avait forcé les partis à accélérer le tempo et à s’entendre, contribuant à dénouer la situation. Le coronavirus pourrait jouer ce rôle cette fois.

Des affaires pas si courantes

Et si l’idée de Coens fait un flop? Et si la paralysie politique persiste? L’absence de gouvernement de plein exercice est-elle de nature à entraver la bonne gestion d’une éventuelle épidémie de coronavirus? Clairement, ce n’est pas idéal, mais ce n’est pas un handicap fondamental, en tout cas à court terme.

L'actuel gouvernement en affaires courantes souffre d’une illégitimité démocratique criante et inédite.

Actuellement, un gouvernement fonctionne toujours. Il est en affaires courantes. C’est une notion vague, dont les contours ne sont pas strictement définis par la Constitution. On peut donc prendre beaucoup de décisions, même importantes, dans ce cas de figure. Par le passé, un tel exécutif s’est permis d’envoyer notre armée guerroyer en Libye, certes avec l’aval du Parlement. Toute mesure d’urgence sanitaire ou de gestion de crise en soins de santé rentrera donc dans ses compétences. Même des décisions exceptionnelles justifiées par une pandémie pourront être prises, quitte à passer si nécessaire par un feu vert à la Chambre. Par chance, la ministre en charge est Maggie De Block (Open VLD), une personnalité d’expérience à ce poste (et médecin de formation).  

Par contre, l’actuel gouvernement en affaires courantes souffre d’une illégitimité démocratique criante et inédite. Les partis qui le composent ne représentent plus que 38 sièges sur 150 à la Chambre.

Dans le cas d’une crise majeure liée au coronavirus, le principal problème des affaires courantes sera toutefois une marge de manœuvre restreinte pour s’occuper des conséquences indirectes ou des effets de second tour, autrement dit tout ce qui vient au-delà de la gestion de la crise sanitaire en première ligne. Ainsi, un gouvernement minoritaire pourra sans souci adopter des mesures de santé publique (comme renforcer les moyens hospitaliers). Mais il lui sera bien plus compliqué, par exemple, de réduire les dépenses dans d’autres domaines ou de prévoir des stimuli budgétaires pour faire face à un ralentissement économique dû au virus.

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