Benoît Mathieu

Qu’il s’agisse de centrales nucléaires ou de ponts, on gère, en Belgique, le béton fissuré.

Vous le remarquerez vite, alors autant l’avouer d’emblée. On ne figure pas parmi les plus grands fans du viaduc Herrmann-Debroux, ce mastodonte aussi moche qu’anachronique, même si on l’emprunte sans doute plus qu’on ne le subit directement. Alors oui, on a ri intérieurement quand on a appris qu’il avait le béton fissuré. Et on a prié (c’est dire!) pour qu’on lui diagnostique une Reyersite: désolé, plus rien à faire, il faut abattre la bête.

On a bien ri aussi des tentatives de récupération de cette tuile bruxelloise. François "SNCB" Bellot demandant à la CGSP de suspendre sa grève, pour cause de viaduc tout cassé. Bien tenté. Ou Alain "Gnagnagna" Courtois sautant sur le coup et demandant que l’on stoppe immédiatement les travaux sur l’avenue Franklin Roosevelt – pour cause de viaduc aussi. Tout cela parce que Môôôsieur n’a jamais supporté l’idée que des cyclistes puissent emprunter sa belle avenue sans perdre la vie pour cette outrecuidance.

Comment faire sans? La question est mal posée. Vous seriez en train d’imaginer une ville: vous lui flanqueriez des autoroutes déboulant directement comme ça, en plein cœur? Non. Merci.

C’est le coup du viaduc. Sauf que ça marche pas. Pour nous non plus, notez bien. Malgré ses blessures, Herrmann-Debroux a été jugé bon pour le service. Qu’il s’agisse de centrales nucléaires ou de ponts, on gère, en Belgique, le béton fissuré.

Sa disparition est pourtant inscrite dans les astres, a fait savoir le gouvernement bruxellois. Des études sont en cours, et peut-être serait-il bon d’attendre l’arrivée du RER. La belle affaire – autant attendre Godot. Ce qui nous chiffonne, nous, c’est que cela fait au moins dix ans que cela phosphore, à Bruxelles, sur la disparition de cette plaie environnementale et urbanistique.

Et? Rien. Aucun plan concret sur la table. Solutions? Financement? Que dalle. Alors on prolonge, parce qu’on n’a rien d’autre sous la main. Et on reporte à plus tard – vous verrez, il y a fort à parier qu’on ne sera toujours pas prêt à la prochaine défaillance du monstre.

Au moins ne doit-on pas le rafistoler à coups de millions. Parce qu’on connaît le principe: si rénover coûte une douille, eh bien, cela a intérêt à durer. Prenez les tunnels bruxellois – ils sont 26, ces jolis, dont 12 affichent plus de 300 mètres de longueur. Comme ils sont un peu tous en fin de vie et qu’on ne s’est pas vraiment demandé si on pouvait s’en passer – ou s’il serait bon qu’on le fasse –, on va rénover le tout. Facture: un bon 500 millions d’euros dans les dix ans à venir. De quoi enterrer pour de bon les projets (rêves) de transformation – à l’époque, il était notamment question d’en recouvrir l’un ou l’autre afin de faire quelque chose de convivial en surface. Evidemment, avec un bon demi-milliard englouti, on est repartis pour un tour de 30 ans avec ces fichus tunnels.

QUOI? MAIS VOUS ÊTES FOU? On ne peut pas faire sans ces tunnels! Ou ces viaducs! On entend l’argument: il serait irresponsable de s’en passer.

Vaste blague. Vous avez vu l’allure de la mobilité bruxelloise à l’heure actuelle? Congestion permanente, c’est vraiment cela l’efficacité souhaitée? Même les entreprises s’en plaignent, de la congestion. Sans compter qu’en Belgique, en 2014, plus de 10.000 Belges sont morts prématurément à cause de la pollution de l’air. À l’échelle de l’Europe, on dénombre plus de 500.000 décès. Un fléau. Le coût du viaduc.

Comment faire sans? La question est mal posée. Vous seriez en train d’imaginer une ville: vous lui flanqueriez des autoroutes déboulant directement comme ça, en plein cœur? Avec des tunnels partout? Non. Merci. ça ne marche pas et ne marchera jamais. Alors il faut faire autrement.

Désolé, Herrmann.

Ah oui. Le premier qui parle de "mal bruxellois", on lui envoie le dossier du RER à la tronche. Ce truc est un scandale interplanétaire.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content