chronique

Le cynique, le gaffeur et le Machiavel en herbe

Benoît Mathieu

La chronique de Benoît Mathieu.

Ainsi donc, la jolie délégation envoyée par le Soudan afin de reconnaître les siens parmi les migrants bouclés dans nos centres fermés a fini son travail, après avoir identifié 43 personnes parmi les 61 qui lui ont été présentées. "70% de ces migrants peuvent retourner. Cette mission était donc une réussite", s’est félicité l’Office des étrangers.

"Notre pays est une terre d’accueil pour ceux qui demandent l’asile et qui fuient guerre et persécutions. (…) Nous devons être aux côtés de ceux qui souffrent", déclarait pourtant Charles Michel, le week-end dernier, à la tribune de l’ONU, allant même jusqu’à citer Gandhi. La bouche en cœur à New York au moment de quémander un siège, la Belgique envoie un tout autre message depuis Bruxelles. Migrants, ne passez plus par ici pour tenter de gagner le Royaume-Uni, on n’hésitera pas à vous refourguer à l’une des pires dictatures de la planète. Une magistrale leçon de cynisme. "Realpolitik" si vous préférez, ce qui n’est jamais très éloigné.

À Bruxelles encore, pendant ce temps-là, c’est Julien Uyttendaele qui signait la gaffe politique de la semaine. Partageant sur les réseaux sociaux une offre d’emploi du CPAS de Woluwé-Saint-Lambert, il incitait les candidats à contacter le responsable… de sa part. Évidemment, les accusations de clientélisme n’ont pas traîné. De même que les excuses de l’intéressé, qui voulait juste partager l’information et guère influer sur le recrutement – ce qu’il n’est de toute manière pas en mesure de faire.

Le CD&V devrait se méfier, parce que la N-VA apprend vite. Et finira par faire du CD&V mieux que le CD&V.

On veut bien lui laisser le bénéfice du doute. Mais quand même. Quelle bourde. Quand on est PS. Qu’on prétend rénover ce même PS, au sein d’un groupe affublé d’un #. Et qu’on est le fiston du couple Uyttendaele/Onkelinx. Et dire que l’on pensait que les "fils de" étaient un brin plus aguerris que les petits nouveaux, venant de nulle part, débarquant en politique. Pas des perdreaux, en somme. On en doute à présent. Ne pas avoir vu venir cette polémique, Julien, vraiment?

Quant au coup fumant de la semaine, il est signé Johan Van Overtveldt. Dans son viseur, la taxe sur les comptes-titres, ce bricolage un peu indigne ficelé par Michel. Inepte, on savait déjà, mais voilà qu’elle risquerait d’être discriminatoire, ce qui ferait tache après le fiasco de la taxe sur la spéculation. Si on était mauvaise langue, on dirait ceci: voilà ce qui arrive quand des gens qui n’ont rien à faire de l’équité fiscale se mettent à faire semblant de s’y intéresser.

En attendant, on salue la tentative de la N-VA. Qui, après avoir obtenu sa réforme de l’impôt des sociétés, tente de torpiller ce que le CD&V a obtenu en guise de compensation. Si la manœuvre n’a pas abouti, le CD&V devrait se méfier, parce que la N-VA apprend vite. Et finira par faire du CD&V mieux que le CD&V.

C’est l’un des premiers commentaires sur les chrétiens-démocrates flamands qui nous a été glissé dans l’oreille par un vieux briscard de la politique. Le CD&V serait un parti un tantinet retors, dont la parole n’engagerait que celui qui y croit. Et sa devise pourrait se résumer de la sorte: ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable. Eh bien, ils feraient bien de se méfier, au CD&V. Parce que la relève semble vouloir en découdre.

Voilà, c’était la fable politique de la semaine. Le cynique, le gaffeur, et le Machiavel en herbe.

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