chronique

Le féminisme, cela passe aussi par les hommes

Benoît Mathieu

Le constat est archiconnu depuis des lustres. Immuable presque, à tel point qu’on dirait qu’il fait partie du paysage.

Cette semaine, des chiffres l’illustrant n’ont cessé de tomber. Qu’ils proviennent de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, de la Ligue des familles ou de l’UCM, ils racontent tous, à peu de chose près, la même histoire.

On en livre quelques-uns, en vrac. 90% des indépendants galèrent à conjuguer famille et travail, et 63% d’entre eux n’ont guère pris de congé après la naissance d’un enfant. Plafond de verre, évaluation négative, impossibilité à exercer pleinement son droit au congé de maternité: trois travailleuses sur quatre ont été confrontées à au moins une forme de discrimination, préjudice ou tension, en lien avec leur grossesse ou maternité.

Si ça se trouve, l’heureux papa détellera plus longtemps que la maman carriériste. Allez savoir.

Bref, cela n’étonnera personne. Sur le marché du travail, mieux vaut être doté de testicules que d’un utérus. Un homme, au moins, cela n’a pas l’inélégance de risquer de tomber enceinte. On a déjà entendu ceci, jeté à la tête d’une femme en congé de maternité, virée pour avoir voulu prolonger celui-ci d’un mois: "On t’avait bien dit de ne pas tomber enceinte!" Ben voyons.

On est loin d’être habité par la vérité absolue, mais on est au moins certain d’une chose. L’égalité homme/femme passe aussi par les hommes, et leur plus grande implication.

Pour la grossesse, c’est sûr, même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas faire grand-chose pour partager ce fardeau. Tout le monde n’est pas Schwarzie. Après la naissance, par contre, il y a moyen de frapper un grand coup. En accordant, par exemple, aux pères un congé de paternité aussi costaud que celui dont bénéficient les mères. Ou, mieux, en envisageant un système à la suédoise, à savoir un congé de parentalité de 16 mois: 2 pour la mère, 2 pour le père, et un an à se répartir selon le bon vouloir des parents.

L’avantage? Impliquer davantage les hommes, les immerger immédiatement et totalement dans le bain bouillonnant de la paternité. On aime à penser que cela permettra de diminuer un brin cette fameuse charge mentale que se coltinent bien trop de femmes et pas assez d’hommes. Un bête exemple. Un homme qui jongle avec biberons, panades et couches dès le départ ne s’y prendra plus comme un manche, par manque d’habitude, au risque d’exaspérer celle qui sait comment on fait, et qui aura au final envie de le faire à sa place. Mieux, et plus vite.

Surtout, on espère que ce genre de dispositif réduira drastiquement les discriminations à l’embauche. Imaginez: vous êtes un DRH un tantinet cynique – pragmatique, dites-vous plutôt. Et vous devez engager une jeune recrue. À compétences égales, vous avez une femme ou un homme de 25 ans. Qui allez-vous prendre? L’homme. Parce qu’il ne risque pas de vous claquer entre les doigts et de partir pouponner des mois durant. Sauf que là, c’est raté. L’un comme l’autre peut très bien lever le pied pour s’occuper de sa progéniture. Et, si ça se trouve, l’heureux papa détellera plus longtemps que la maman carriériste. Allez savoir.

On peut toujours rêver.

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