Le grand débarquement

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Avec l'arrivée de l'été, c'est le grand retour des tracts en néerlandais dans notre boîte aux lettres. Une chose est sûre, la N-VA a la capitale en point de mire.

Il s’est invité dans notre boîte aux lettres en début de semaine. À bien y réfléchir, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas accueilli de tract en néerlandais, si l’on fait abstraction des petits bouts de papier vantant les innombrables talents – du retour de l’être aimé à l’impuissance sexuelle – des non moins nombreux grands voyants guérisseurs que comptent nos belles contrées, des torchons du Vlaams Belang ou de la prose scientologue.

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Bref, un tract. Jaune et noir. Avec, en guise d’ouverture, Jan Jambon et Theo Francken dominant la capitale, et, pour terminer, la trombine de Bart De Wever. La Sainte Trinité nationaliste.

C’est indéniable, la N-VA passe à l’offensive sur Bruxelles. Et, à vrai dire, le feuillet ressemble plus à une communication en vue des régionales de 2019 que du scrutin communal d’octobre prochain. Parce qu’il ne contient pas le moindre décrochage local. C’est bien vu, cela dit. Cela génère des économies d’échelle. Et permet de balancer le même contenu dans tout Bruxelles, en faisant juste varier le titre et le slogan – "veilig thuis in een welvarend Sint-Gillis" en ce qui nous concerne.

La méthode présente toutefois ses faiblesses. Il y a comme des failles dans le ciblage communal. Mettre fin au système PS, la punchline fera sans doute moins mouche à Uccle, ou à Molenbeek notez bien. Tout comme le sentiment d’insécurité à Woluwe-Saint-Pierre. Et c’est bien joli de noyer les boîtes aux lettres de Saint-Gilles, mais à quoi bon, si l’on n’y présente guère de liste.

Enfin. Place au contenu. Voilà Jan Jambon qui débarque afin de "mettre fin au laxisme ambiant". "Les criminels qui veulent faire leurs petites affaires discrètement à Bruxelles y réfléchiront à deux fois", et "auront beaucoup plus de mal à passer entre les mailles du filet". Parce que, jusqu’ici, on leur laissait tout passer, à ces petits chéris. C’est bon à savoir, cela dit. Il suffit à présent de se balader dans les quartiers dits chauds avec une pancarte hurlant "Ik ken Jan Jambon" pour sentir tous les criminels qu’ils recèlent frémir d’effroi.

On ne dit pas que ce tract prend l’électeur pour une truite. Mais qu’il lui parle comme à la vieille tante Eugénie. À qui on hurle au creux de l’oreille des phrases simples.

Vu la passion et les passions du ministre de l’Intérieur, on aurait presque envie de lui conseiller d’intégrer les rangs de la police fédérale – à qui il manque toujours un bon gros 10% d’effectif. Amusant également: la fusion des zones de police bruxelloises n’est évoquée qu’in het Nederlands et guère dans les encadrés en français. C’est qu’il faut bien résumer, voyez-vous.

Vient ensuite Theo Francken. Qui flingue la gestion bruxelloise. "Les principales missions des communes sont prises en charge par des ASBL afin de pouvoir distribuer des jetons de présence entre politiciens." Le raccourci est serré, mais disons que certains ne l’ont sans doute pas volé.

Les "politiciens bruxellois de gauche" en prennent aussi pour leur grade, eux qui "semblent avoir pour seul objectif que chaque maison de Bruxelles devienne un refuge pour les personnes en séjour illégal. Bruxelles risquerait alors de devenir un véritable aimant à illégaux". Bon sang mais c’est bien sûr! Si le monde judiciaire est vent debout contre le projet de visites domiciliaires, c’est évidemment pour cela. Transformer Bruxelles en un Calais bis, fait non pas de tentes mais de briques. Même au sein du MR, certains libéraux qui n’ont pas encore viré conservateurs sont dans le coup!

On ne dit pas que ce tract prend l’électeur pour une truite. Mais qu’il lui parle comme à la vieille tante Eugénie. Vous savez, celle que l’on case dans un coin de la pièce lors des réunions de famille. Pas qu’elle perde la boule, mais la mémoire immédiate lui échappe et s’effiloche. Et puis, elle est sourde comme un pot. Alors on lui hurle au creux de l’oreille des phrases simples, et on se retrouve à deux doigts de se lancer dans le mime.

Allez,  vivement le prochain tract.  Depuis, on regarde notre boîte aux lettres d’un autre œil.

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