chronique

Le Grand Inquisiteur et le voleur de bœuf

Benoît Mathieu

La chronique de Benoît Mathieu.

C’est peut-être cela, la méthode Lutgen. Ne rien dire durant des lustres, ruminer dans son coin, et puis tout envoyer valdinguer. Doit-on vous le rappeler? Lundi, le président du cdH a débranché la prise des gouvernements bruxellois, wallon et de la Communauté française. Motif? Le partenaire socialiste est décidément infréquentable, tout crotté qu’il est par les affaires. Notez qu’il fallait un certain culot pour pointer la responsabilité du PS dans la répétition des scandales. À se demander où regardaient le cdH et son ancêtre PSC durant les 31 ans passés aux commandes de la Wallonie (et 19 ans à Bruxelles).

N’empêche. Si certains humanistes déplorent sa rudesse, la méthode Lutgen aura au moins eu le mérite de réveiller des sentiments profondément enfouis, au cdH. Lundi, en bureau de parti, ils étaient tous unis derrière leur chef. Pour un peu, ils auraient applaudi, euphoriques. Une occasion de se réjouir, cela n’arrive pas tous les jours, rue des Deux-Églises, où l’on enchaîne, depuis des temps immémoriaux, piètres sondages et résultats électoraux rapiécés.

On a la faiblesse de croire que l’enseignement ou le redressement wallon valent davantage que la méforme humaniste.

Reste à savoir si, au-delà de cette excitation éphémère, Benoît Lutgen a réalisé un joli coup. Pour le président de parti, qui tente de sauver les meubles, c’est quitte ou double. Au pire, s’il se plante, il n’aura fait qu’accélérer le processus de décomposition (humusation?) de sa formation. Et s’il gagne, il l’aura eu, son quart d’heure de gloire.

Seulement, Benoît Lutgen n’est pas qu’un président de parti. C’est aussi un homme politique. Censé œuvrer, certes pour les siens, mais aussi pour tous les autres. On appelle cela "intérêt général", ou un truc du genre. Et à cette aune, même s’il est difficile de prédire comment se terminera le petit jeu de "je te tiens, tu me tiens par la barbichette" auquel s’adonnent les présidents de parti, le bilan risque d’être plus âpre pour Benoît Lutgen. Parce qu’il vient d’hypothéquer trois ans de travail dans des entités qui ne peuvent se permettre l’immobilisme. On a la faiblesse de croire que l’enseignement ou le redressement économique wallon valent davantage que la méforme des humanistes.

Même si la réaction des socialistes vaut son pesant d’or. Surtout celle de Paul Magnette, passé en mode "qui vole un œuf, vole un bœuf". "Qui a trahi un jour, trahira toujours", a-t-il lâché, sérieux comme un pape. Allons donc. On lui rappelle le coup de Jarnac joué par le PS au MR en 2004, quand Di Rupo largue Michel (père) pour Milquet, malgré les vœux échangés avant les élections, boutant le MR pour un bon bout de temps en dehors des Régions? Louis Michel est passé par toutes les couleurs, du joli vert pâle au rouge cramoisi, en passant par le bleu apoplexie.

Olivier Maingain est comique à observer, lui aussi. Du jour au lendemain, il s’est transformé en Grand Inquisiteur et a déjà érigé quelques bûchers éthiques.

Un chapitre sur lequel le MR, qui boit pourtant du petit-lait, a décidé de la jouer plus en sourdine. Forcément. Pas évident de jouer au donneur de leçons quand son propre casier n’est pas vierge. Imaginez: entre le moment où Armand De Decker a été pris la main dans le sac du Kazakhgate – un des plus chouettes scandales que la politique belge ne nous ait jamais mitonnés – et son renoncement au trône d’Uccle, il s’est passé pas loin de cinq ans! Rien que cela, c’est un exploit.

©Photo News

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