chronique

Le pain noir de la N-VA

Journaliste

L'affaire Kucam mine la stratégie de repositionnement des nationalistes

La tuile devient boulet pour la N-VA. Les derniers développements de l'affaire de trafic de visas humanitaires au sein du cabinet Francken devrait miner un temps certain la crédibilité du parti sur un de ses terrains favoris : la migration. Les faits ? M. Kucam, ex-collaborateur de Theo Francken lorsqu'il était secrétaire d'État en charge de la Migration (2014-2018), vient d'être lourdement condamné pour trafic de visas humanitaires au bénéfice de Chrétiens de Syrie.

Au pouvoir en Flandre, dans l'opposition au fédéral après une participation chahutée au gouvernement Michel, la N-VA ne peut plus jouer la carte anti-système qui a alimenté son ascension.

L'affaire avait éclaté quelques semaines après que la N-VA ait quitté le gouvernement Michel, mais vient de rebondir à la faveur d'une enquête du Standaard publiée le week-end dernier. Le quotidien flamand a mis la main sur des écoutes téléphoniques diligentées dans le cadre de l'enquête judiciaire. Elles laissent apparaître qu'à deux reprises, le ténor de la N-VA aurait pu, au minimum, avoir la puce à l'oreille quant aux agissements de son collaborateur. Ces révélations fragilisent sa ligne de défense selon laquelle il n'aurait jamais rien su de cette affaire avant qu'elle ne soit médiatisée. Une ligne servie en son temps aux députés de la Chambre. Malaise. Theo Francken a annoncé le dépôt d'une plainte pour violation du secret de l'instruction, mais rien n'y fera, la goedbestuur version N-VA a du plomb dans l'aile.

La séquence tombe forcément mal. Installée très inconfortablement dans l'opposition au fédéral, celle-ci est en plein travail de repositionnement stratégique. En cours, l'élection de deux vice-présidents pour entourer un Bart De Wever réélu de façon écrasante à la tête de son parti au mois de novembre dernier. Il y a fort à parier que Theo Francken sera candidat alors que le poste très en vue de chef de groupe à la Chambre est resté entre les mains de Peter De Roover. Il le ferait en ticket avec la députée Valerie Van Peel. Deux profils complémentaires : Francken le radical pour stopper la fuite des électeurs vers le Vlaams Belang, Van Peel pour regagner quelques plumes au centre droit et tailler des croupières au CD&V et à l'Open Vld. On peut y voir la synthèse de deux courants entre lesquels Bart De Wever doit constamment jouer les équilibristes.

Après s'être fâchée avec le MR, la N-VA n'a plus de partenaire francophone pour négocier quoi que ce soit.

Bart De Wever attend son heure

L'affaire Kucam ne devrait pas remettre ce beau plan en cause. La N-VA ne peut pas se permettre de tanguer sur ses bases. Le dernier sondage en date l'a placée sous les 20% et le Vlaams Belang est toujours virtuellement le premier parti du nord. Au pouvoir en Flandre, dans l'opposition au fédéral après une participation chahutée au gouvernement Michel, elle ne peut plus jouer la carte anti-système qui a alimenté son ascension. Ses ambitions institutionnelles sont au point mort. Après s'être fâchée avec le MR, la N-VA n'a plus de partenaire francophone pour négocier quoi que ce soit. Désormais sourd à ses appels, le PS, poussé par son courant régionaliste, s'inscrit dans la dynamique "sans tabou" de l'accord de la Vivaldi. Et celui-ci se projette déjà ouvertement vers 2030 et le bicentenaire de la Belgique.

Fragilisée sur l'immigration, mise dans le coin du débat communautaire, la N-VA pourra toutefois miser sur le socio-économique. Bâillonné pas une crise sanitaire qui étouffe le débat politique, Bart De Wever trépigne à l'idée de pouvoir entamer une véritable opposition. Il n'attend qu'une chose : que passe le virus et qu'il puisse exploiter les antagonismes idéologiques qui ne manqueront pas de surgir au sein de la Vivaldi lorsqu'elle devra panser les plaies taillées par la pandémie dans le tissu économique.

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