chronique

Le racisme n'est toujours pas une urgence politique

Disons-le tout net: oui, la Belgique a un problème de racisme. Et c'est depuis près de vingt ans qu'un plan d’action national de lutte contre le racisme se fait attendre.

Le meurtre de George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans tué par un policier blanc à Minneapolis, a suscité une onde de choc mondiale. Des actions de soutien et des témoignages de solidarité se sont multipliés un peu partout. Ce dimanche, le mouvement "Black lives matter" organise une action à Bruxelles. Il est tentant – mais erroné – de voir dans ces événements une problématique typiquement américaine, exacerbée par le pitoyable locataire de la Maison Blanche. Les États-Unis ont certes un lourd passé d’esclavagisme et de ségrégation qui pèse encore sur une société, du reste bien plus violente que la nôtre. La situation des Noirs américains est très spécifique. Mais le racisme, lui, n’a pas de frontière.

Alors, disons-le tout net : oui, la Belgique a un problème de racisme. En 2019, Unia a ouvert 951 dossiers pour de tels faits. Un record... et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Chaque année, plusieurs dizaines de condamnations pour racisme sont prononcées par les tribunaux. La problématique revêt bien des aspects différents. Sans être exhaustif, illustrons avec plusieurs actualités récentes. Elles ont toutes un lien, supposé ou avéré, avec le racisme au sens large. Cette semaine, on a épinglé les injures subies sur les réseaux par la nouvelle porte-parole de l’Open VLD Zelfa Madhloum, ou encore la polémique sur la pétition demandant d'enlever toutes les statues de Léopold II à Bruxelles qui montre que la Belgique n’a pas encore soldé son histoire coloniale.

En avril, la mort de Adil, un jeune de 19 ans, à l'issue d'une course-poursuite avec la police à Anderlecht a été entourée de lourdes suspicions. On ne présume toutefois pas ici des conclusions de l’enquête. En mars, Statbel indiquait que le taux d’emploi des Belges s’élève à 71,8% et celui des citoyens non européens à 43,2%. Au début de la pandémie de coronavirus, on a recensé des agressions contre des personnes d’origine asiatique. En février, le carnaval d’Alost a ressorti ses chars antisémites. Il y a quelques mois, certains applaudissaient l’incendie criminel d’un centre pour réfugiés à Bilzen. Epinglons aussi la popularité du Vlaams Belang.

"Je partage cette volonté farouche de lutter toujours et encore contre le racisme et les violences sous toutes leurs formes, partout dans le monde et, vous avez raison, en Belgique aussi."
Sophie Wilmès
Première ministre

La Belgique a été pionnière en adoptant, en 1981, la "loi Moureaux" (du nom de l’ancien ministre socialiste Philippe Moureaux qui en fut l’initiateur) visant à réprimer les actes inspirés par le racisme ou la xénophobie, avec des sanctions à la clé. Le racisme n’est alors plus considéré comme une opinion, mais comme un délit. Mais depuis près de vingt ans, un plan d’action national de lutte contre le racisme – promis par la Belgique à la conférence des Nations unies organisée à Durban (Afrique du Sud) en 2001 – se fait attendre.

Ce jeudi, à la Chambre, la Première ministre Sophie Wilmès (MR) a confirmé que la conférence interministérielle contre le racisme allait être relancée après une pause, en raison de la pandémie. C’est elle qui doit aboutir à ce fameux plan d’action. "Je partage cette volonté farouche de lutter toujours et encore contre le racisme et les violences sous toutes leurs formes, partout dans le monde et, vous avez raison, en Belgique aussi", a déclaré Sophie Wilmès. La plupart des partis sont montés au créneau pour embrayer, sauf N-VA et Vlaams Belang qui sont restés silencieux. Mais le politique va-t-il vraiment s’emparer du problème du racisme une fois l’émotion actuelle retombée? Il faut que l'indignation se transforme en action

Lire également