chronique

Le retour en grâce des "familles" politiques

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Depuis des mois, les partis "frères" des deux côtés de la frontière linguistique se sont rapprochés.

C’est un spectacle singulier et paradoxal que met en lumière la politique belge ces derniers mois: les "familles" politiques ont rarement semblé aussi unies. Ces derniers jours encore, le CD&V a insisté pour que le cdH soit associé aux discussions de la "Vivaldi". En vain finalement. Auparavant, alors que Bart De Wever et Paul Magnette étaient préformateurs, Georges-Louis Bouchez (MR) et Egbert Lachaert (Open VLD) ont martelé que leurs partis respectifs ne participeraient au gouvernement qu’ensemble. Cette posture a fait échouer les tentatives de diviser les libéraux. Entre sp.a et PS, le courant passe également plutôt bien. Le rapprochement est même physique: les socialistes flamands ont décidé récemment de transférer leur siège au Boulevard de l’Empereur, le bâtiment emblématique du PS qu’ils avaient quitté il y a près de vingt ans. Ecolo et Groen travaillent ensemble de longue date et forment un groupe politique commun à la Chambre depuis 2007.

Cette bonne entente n’est pas toujours allée de soi. L’Open VLD est au gouvernement bruxellois depuis 1999 alors que le MR y est dans l’opposition. Le CD&V a participé à la "suédoise" de Charles Michel sans le cdH. Le PS était partie prenante aux gouvernements Leterme et Van Rompuy (2008-2010), pas le sp.a. Et, plus généralement, les liens entre "partis frères" des deux côtés de la frontière linguistique ont souvent été distendus. Il fut une période où, entre CD&V et cdH par exemple, on ne se parlait pratiquement plus.

Dans un pays aux prises avec des forces centrifuges de plus en plus évidentes, l’évolution est remarquable et crée un espace de dialogue intéressant. Ces complicités nouvelles vont en outre à contre-courant de l’Histoire. Jadis, les partis "traditionnels" étaient unitaires avant de se scinder (dans les années 1970, à l’entame du processus de fédéralisation de l’État). De nouvelles formations sont apparues uniquement d’un côté ou l’autre de la frontière linguistique: les nationalistes flamands, le FDF (devenu Défi)… Quant aux Verts, ils n’ont jamais formé un seul parti: Ecolo et Groen! (auparavant Agalev) ont leur existence propre. Le seul parti structurellement unitaire à être présent au parlement fédéral est le PTB/PVdA. Pour beaucoup de politologues, l’absence de partis nationaux est d’ailleurs un des grands maux du système fédéral belge, chaque parti ne s’adressant qu’à sa communauté linguistique.

Ce retour en grâce des "familles politiques" s’explique par des intérêts communs. Pour une formation politique, le parti "frère" reste très souvent le plus proche de son propre positionnement. L’unité permet alors de peser davantage dans le rapport de forces avec les adversaires. C’est particulièrement vrai dans les périodes délicates de crise politique, comme c’est le cas en ce moment. À cela s’ajoute une tendance plus conjoncturelle: sp.a et Open VLD surtout jouent moins que par le passé la carte communautaire pour privilégier des revendications socio-économiques, ce qui facilite évidemment le dialogue avec le PS et le MR.

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