chronique

Les centristes au milieu de nulle part

Journaliste

Au nord comme au sud, l'effondrement guette toujours l'ancien pilier démocrate chrétien.

"C'est choisir ou perdre. Choisir son camp dans les débats en fonction de notre idéologie. Le pragmatisme et la bonne gouvernance à eux seuls ne vous feront pas avancer." Non sans rappeler le concept de radicalité au centre cher à Benoît Lutgen, ce constat lâché cette semaine sur Twitter par Sammy Mahdi, secrétaire d'État CD&V à la Migration et ex-candidat à la présidence de son parti, frappe au cœur du problème de la famille démocrate chrétienne. Celle-ci, au nord, est passée sous la barre symbolique des 10% dans un récent sondage publié par Le Soir/RTL. Ce qui a évidemment créé une onde de choc. Le pilier centriste est affaibli comme jamais, mais le ministre des Finances Vincent Van Peteghem ne voit qu'un "wake up call" en ce qui n'est finalement qu'un sondage.

Tous au centre?

Entre cette forme de déni apparent et la demande éperdue de radicalité de la jeune garde CD&V, ressurgit l'hypothèse d'une salvatrice recomposition politique. Ce sondage, qui traduit également le peu d'impact du casting gouvernemental du parti - Vincent Van Peteghem aux Finances et Annelies Verlinden à l'Intérieur -, relance le débat en Flandre sur l'avenir du centrisme. Ainsi, analyse dans De Standaard David D'Hooghe (KUL), les thèmes environnementaux et identitaires ont-ils pris le pas sur les enjeux socio-économiques dans la construction des clivages politiques. Ceci aux dépens de partis traditionnels baignant tous dans une même eau idéologique dans laquelle il est particulièrement laborieux de marquer sa différence. D'Hooghe va jusqu'à dire qu'entre Open VLD, Vooruit et CD&V, les projets de société ne diffèrent finalement plus tant que cela. À quand, dès lors, un grand mouvement du centre dont le réalisme affirmé pourrait résister au populisme des extrêmes? L'appel est lancé, mais c'est surtout l'idée d'une renaissance du cartel CD&V/NV-A qui retrouve son petit bonhomme de chemin.

C'est paradoxalement au moment où le cdH reprend timidement des couleurs dans les sondages que se manifestent les signes d'un effondrement complet.

Côté francophone, le centre n'est pas moins en crise. C'est paradoxalement au moment où le cdH reprend timidement des couleurs dans les sondages que se manifestent les signes d'un effondrement complet. Soyons de bon compte, la question est surtout bruxelloise depuis les déclarations de Georges Dallemagne sur le voile. Le député fédéral a décrit cette tradition musulmane comme un possible instrument de revendication pour l'islam radical, provoquant une attaque et un procès en islamophobie sans précédent au sein de son propre parti.

Il est mené par une demi-douzaine de mandataires locaux en difficulté depuis que le cdH a rompu avec les positions favorables aux accommodements raisonnables développées sous la présidence de Joëlle Milquet. L'affaire ravive au passage l'inimitié de cette dernière à l'égard du député fédéral à qui l'on reproche en sourdine depuis des années déjà d'établir un lien inopportun entre islam et insécurité. Fracturé, au bord du seuil d'éligibilité dans la capitale, le cdH tente d'éteindre l'incendie depuis plusieurs jours. Pour lui, le "wake up call" est déjà loin.

Entre ces problèmes internes, une refondation poussive, une tentative avortée de rapprochement avec DéFi et une allergie affichée à l'idée de s'associer au MR dans un mouvement plus large de centre-droit, le cdH ne sait toujours pas où il va. Quant à Sammy Mahdi, il a tenté de mettre ses théories en pratique vendredi en voulant replacer les visites domiciliaires au cœur de la politique migratoire de la Belgique. La gauche vivaldienne l'a brutalement remis à sa place. Pour être radical, il vaut visiblement mieux avoir le rapport de force en sa faveur. Non, les centristes ne sont pas sortis de l'ornière.

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