chronique

Les fabuleuses aventures de Denis et André au pays du fipronil

Benoît Mathieu

La chronique de Benoît Mathieu.

Sans doute faut-il un début à tout. C’est donc une première: ces derniers jours, on a eu une pensée émue pour Denis Ducarme. Il y a peu, il était encore le chef de troupe MR à la Chambre, sorte de pompier baryton envoyé défendre le gouvernement sur tous les fronts parlementaires, même les plus mal engagés. Un bon soldat, qui se rêvait plutôt ministre, mais pouvait au moins tabler sur des vacances un brin paisibles, à se reposer les cordes vocales.

Tu parles, Charles.

Willy Borsus parti conquérir la Wallonie, voilà Denis bombardé ministre sur le tard. Pas de la Défense, son dada, non, mais en charge des Indépendants et de l’Agriculture – on résume. Pour l’heure, cela rime surtout avec ministre des Œufs et du Fipronil. C’est ce qui s’appelle un timing plutôt facétieux: le voilà poussé en première ligne à gérer une crise qui n’est, au fond, pas la sienne.

Il faut lire l’interview d’André Flahaut dans la Dernière Heure de ce mercredi. Elle est hallucinante.

Et à défendre les méthodes de l’Afsca, agence qui semble jusqu’ici avoir plutôt tenté d’assurer ses arrières et sauver ses fesses que de remuer ciel et terre en pensant à celles des consommateurs. Loin de nous l’idée de jouer aux experts sanitaires – on se permettra juste de penser ceci. On aura toujours tendance à se méfier, instinctivement, d’un acteur qui, mis sur le gril et sommé de se justifier, adopte pour ligne de défense une rengaine du type: "On n’est pas des amateurs, toute l’Europe bave d’envie devant nos méthodes et résultats." Il en faut, du culot, pour se poser en phare de l’humanité alors que ses propres méthodes sont contestées.

Et puis, hasard du calendrier, magie des réseaux sociaux, on a vu passer l’interview accordée par André Flahaut à la DH. Le lien? À l’époque, quand il chevauchait encore des chars, André était le meilleur ennemi de Denis, qui l’aurait bien éjecté pour prendre sa place. Une interview vantée par l’intéressé lui-même, en mode Madame Irma: André Flahaut vous dit tout sur le gouvernement wallon, la crise politique, l’avenir du PS et les prochaines élections.

Il faut lire cette interview. Elle est hallucinante.

Trois points.

Un. Le gouvernement wallon est bien ingrat, lui qui ne remercie pas le PS de lui avoir "prémâché" le travail en termes de gouvernance. On se permet toutefois de douter que si l’héritage du PS vient à être établi, la gouvernance en soit le fer de lance.

Deux. Foncer vers le décumul intégral est une erreur; mieux vaut attendre 2024 que les mandataires aient le temps de poser un choix entre le local et le régional ou fédéral. André Flahaut argumente: pour ce faire, l’enchaînement des scrutins fédéral/régional puis communal est bien plus favorable que l’inverse qui se présente en 2018 puis 2019. Sûrement une histoire d’alignement des astres. Et puis, sept ans pour poser un choix, si ça, ce n’est pas prendre les gens pour des truffes.

Trois. La retraite politique? Très peu pour André Flahaut. Parce qu’il peut encore se rendre utile et qu’au final, ce n’est pas "l’âge physique" qui compte, mais celui qu’on a "dans la tête". Et qu’il n’est pas évident de trouver des petits jeunes qui s’intéressent à la chose publique, ni très finaud d’en "utiliser comme une vitrine pour l’image du parti". On se permet de penser que vu l’argumentaire déployé, son compteur d’âge mental a sans doute dépassé les 67 printemps. Et on se demande si André Flahaut sera encore utile à ce "nouveau PS" annoncé par Laurette Onkelinx pour la fin août.

Nouveau PS. Interdiction de pouffer.

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