Journaliste

Les élections communales belges ont quelque chose du soap opéra américain. Entre les déclarations enflammées, les rivalités soudaines et les amours à géométrie variable, on a toujours l'impression d'avoir manqué un épisode.

À force de les écouter, il y a clairement moyen de s’y perdre. Ces derniers temps, puisque approche à grands pas une tournée générale de scrutins, on s’est mis à écouter attentivement les préférences et exclusives décrétées, avec la force de prophéties, par les uns et les autres. Et à tenter d’en tirer des conclusions. Autant le dire tout de suite: on a vite arrêté – pas de tendre l’oreille mais d’analyser. Parce que le tout a débouché sur ce qu’il convient d’appeler un système d’équations insoluble.

Puisque la rumeur d’un mariage rouge-bleu se fait persistante, on est curieux d’entendre les justifications socialistes et libérales si l’affaire devait se concrétiser, après quatre années à dire pis que pendre l’un de l’autre.

Déjà, il n’est pas toujours très clair de quel niveau de pouvoir il retourne; or ce qui vaut sur le terrain communal peut s’avérer bancal à l’échelon régional. Prenez le MR, qui prône la reconduction des majorités en place. Sous-entendu celles dont il fait partie, à savoir le Fédéral et la Wallonie. Très bien. On se demande dès lors à quoi il joue à Bastogne, où les libéraux ont décidé de soutenir un Lutgen contre l’autre.

Le hic, c’est qu’ils ont choisi le camp de Jean-Pierre, qui ne rêve que d’une chose, à savoir renverser Benoît. Benoît qui n’est autre que le président du cdH, le nouveau copain wallon du MR, que ce dernier pourrait par ailleurs être tenté d’inviter au Fédéral à bord d’un Michel, le retour, si les urnes le permettent. On s’interroge: Bastogne vaut-elle la peine de froisser Benoît Lutgen, dont on pressent que les inimitiés doivent être plutôt coriaces?

Enfin. Venons-en à ces amours contradictoires et asymétriques. Au PS, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close semble être parti en croisade contre "les conservateurs". Cocasse, au vu de la parade nuptiale qu’il a entamée avec le patron libéral du cru, Alain Courtois, qui n’est sans doute pas la personnalité la plus progressiste dans les rangs du MR.

PS toujours, où le grand patron, magnanime, a laissé la main à son poulain montois, sauf qu’il rêve tout haut de rempiler afin de prouver qu’il est impossible de se passer de lui. Elio Di Rupo, donc, a annoncé la couleur, souhaitant la mise en place d’attelages avec DéFI et Ecolo.

Chez DéFI, par contre, Olivier Maingain s’est mis en tête de casser l’axe PS-MR partout où il le rencontrera, en s’alliant avec le cdH et Ecolo – qui en compte, d’encombrants courtisans. Au passage, puisque la rumeur d’un mariage rouge-bleu se fait persistante dans certaines provinces et grandes villes, on est curieux d’entendre les justifications socialistes et libérales si l’affaire devait se concrétiser, après quatre années passées à dire pis que pendre l’un de l’autre.

Quant aux humanistes, leur mot d’ordre, c’est sans le PS et sans la N-VA. Sauf que le président passe le plus clair de son temps à cogner sur DéFI, qui vient jouer sur ses plates-bandes centristes, et Ecolo, au motif que l’orange lave bien plus vert que les verts. Deux formations dont il aurait pourtant grand besoin pour se passer du mammouth socialiste.

Au final, on vous conseillerait bien, à présent que la campagne a démarré, d’arrêter de prêter attention aux déclarations de cet acabit. Et de vous plonger plutôt attentivement dans les programmes qui vous inspirent. Cela déplacera toujours son pesant d’air, mais sans doute moins. Et puis, vous saurez ce qui vous plaît et vous hérisse, vous, plutôt que ce qui les hérisse, eux. Nettement plus utile dans l’isoloir.

Ne manquez rien des élections communales

- Notre outil pour tout savoir sur votre commune et son scrutin

- Notre dossier avec toutes les analyses

- Notre blog avec tous les à-côtés

- Abonnez-vous sur Twitter et Instagram

Lire également