chronique

Les poussettes se rebiffent

Benoît Mathieu

Vous avez déjà vu des poussettes manifester, vous? Ça s'est passé ce samedi, à l’initiative de Bruxsel’air, histoire de réclamer un air plus pur à Bruxelles. En voilà un, de scandale, latent, et qui remplit plus vos poumons que les gazettes.

Avant Ecolo, l’ONG ClientEarth a procédé, il y a une poignée de mois, à des mesures de concentration de NO2 dans l’air. À des endroits gratinés de Bruxelles, il faut le reconnaître, comme la Petite Ceinture, l’abominable rue de la Loi ou encore l’avenue de la Couronne. Résultat? De 42 à 99 microgrammes de dioxyde d’azote par m³, alors que la limite en moyenne annuelle est fixée à 40.

Bien sûr, on peut minimiser l’impact de la pollution atmosphérique. Est-on bien certains, au final, que cela nous chatouille tant les bronches, semant cancers et asthme? Un des derniers à s’être livré à l’exercice a mal tourné. En 2015, Monsieur s’exprimait en tant que chef du service pneumologie d’un hôpital parisien. On vous résume son propos, en ne le déformant pas tant que cela: "Meuh non, faut pas vous inquiéter." Monsieur avait oublié de préciser qu’il était salarié chez Total depuis des plombes et avait touché, rien qu’en 2014, plus de 170.000 euros pour ses loyaux services. Il risque la prison.

Ce qui nous frappe, c’est que dès que l’on parle bagnole ou place de parking, le Belge perd son cerveau. Immédiat et garanti. On en connaît qui pestent chaque année sur la journée sans voitures, "ce truc de bobos". Sérieusement, c’est trop demander? Rien qu’un dimanche par an, alors que les 364 autres jours sont consacrés à la grande reine à moteur? Pourtant, le Belge n’est pas à un paradoxe près. C’est qu’il s’habituerait assez vite aux espaces libérés de la tyrannie automobile. Le dernier politique à avoir proposé de rouvrir le bois de la Cambre à la circulation le week-end s’est fait crucifier sur les réseaux sociaux.

C’est hallucinant, l’espace public qui est sacrifié à la voiture – et dès qu’on essaie de revenir à quelque chose de plus équilibré, cela ne rate jamais, il s’en trouve un pour hurler à la politique "anti-voiture". Tout cela pour un mode de transport essentiellement individuel. Inefficace, aussi, au vu de la congestion qui paralyse nos villes, Bruxelles en tête – amas obstiné de gens furibards ou résignés. Meurtrier, enfin.

Mais non. À Bruxelles, interdit d’y toucher. Levée de boucliers dès qu’il est question de supprimer 7 places de stationnement. On a donc des demi-sites propres pour tram, ondulant entre les parkings ainsi préservés. Forcément, le tram est englué dans le trafic. Aménager une piste cyclable séparée de la circulation, avenue Franklin Roosevelt, où il faut être suicidaire pour pédaler? Ttt. Alain Courtois, Monsieur Stade et premier échevin MR à la Ville de Bruxelles, s’est déjà indigné. Que l’on vienne réduire la largeur des bandes et il se couchera sur l’avenue pour empêcher pareille ignominie. Lui qui a l’air de faire corps avec la circulation, on l’inviterait bien à déjà s’y installer. En pleine heure de pointe.

Il faut des alternatives à la voiture, entend-on. Souvent asséné avec mauvaise foi, l’argument n’en est pas moins juste. Pourquoi Bruxelles n’est-elle pas encore dotée d’un réseau de métro digne de ce nom? Là, bizarrement, Ecolo freine. L’opposition idéologique des verts au métro est aussi incompréhensible qu’injustifiable.

Comment admettre que le RER soit encore un mirage? La classe politique belge est-elle donc incapable de mener à bien un grand projet qui améliorerait la mobilité, et la vie, des citoyens? Bruxellois, Flamands et Wallons.

On aime à croire que c’est cela, le futur: des villes où la mobilité est douce ou partagée. On en voit qui ricanent – c’est vrai que le petit jeu des prédictions est hasardeux. Une certitude, malgré tout. Une ville plus fluide où l’on ne meurt pas de respirer, cela ressemble quand même plus au futur que notre congestion grise et puante.

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