Les ravages de la solitude

©BELGA

À force d’être seul contre tous, le MR a fini par développer, sur certains dossiers en tout cas, une mentalité d’assiégé.

Il faut lui reconnaître ça, au MR. Même avec l’habitude – ça dure depuis 2014 –, cela ne doit pas être évident tous les jours d’être le seul francophone de la bande au sein de l’équipe Michel. Parce qu’à chaque fois qu’il se fait canarder, c’est par tous les autres partis francophones. En même temps.

On convient également que le cirque politique fonctionne de la sorte. Une critique peut être infondée, mensongère, culottée, enrobée de mauvaise foi ou fabuleusement dramatisée.

N’empêche.

La technique de défense développée par les libéraux francophones risque bien de leur jouer des tours.
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La technique de défense développée par les libéraux francophones risque bien de leur jouer des tours. À force d’être seul contre tous, le MR a fini par développer, sur certains dossiers en tout cas, une mentalité d’assiégé. Toute critique qui lui est adressée provient forcément d’un ennemi, d’un gauchiste. Pratique, puisque cela relève d’une grille de lecture du monde relativement aisée à manier – et invalide du même coup ladite critique.

Prenez la défense des indépendants. C’est exact, ceux-ci peuvent se montrer royalement ingrats, en laissant entendre que le MR les a abandonnés. Pensions, congé de maternité, cotisations, Michel a pourtant œuvré sur bon nombre de fronts afin de rendre leur statut plus confortable.

Le hic, c’est que dans le cadre de la réforme de l’Isoc, une mesure de compensation hérisse vraiment l’Union des classes moyennes. Si un dirigeant d’entreprise ne se rémunère pas suffisamment, non seulement il n’a pas accès au taux réduit pour les PME, mais en plus il écope d’une amende. C’est le principe de la double peine.

On en a entendu, des indépendants ulcérés. Qui jurent: plus jamais le MR! Et quand l’UCM a essayé de se faire entendre sur ce point, elle a été remballée et traitée de communiste.

C’est quand même ballot d’avoir réussi à faire baisser l’impôt des sociétés et de malgré tout perdre la guerre de la communication et se mettre à dos une partie des indépendants.
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Nous, ce qu’on dit, c’est que c’est quand même ballot d’avoir réussi à faire baisser le taux de l’impôt des sociétés et de malgré tout perdre la guerre de la communication et se mettre à dos une partie des indépendants. Tout ça pour une mesure qui pourrait aisément être adaptée ou adoucie.

Prenez la question de l’asile. Aïe. On déplore que la Belgique collabore avec une sombre dictature ou se montre légère avec la convention européenne des droits de l’homme? On s’interroge sur la pertinence de malmener droits et libertés – dont l’inviolabilité du domicile – au nom d’un objectif qui ne vaut pas ce sacrifice? Gauchiste!

On en connaît pourtant, des libéraux, de ceux qu’il serait ardu de taxer de cryptocommunistes, qui se sont émus de voir la lumière humaniste s’éteindre chez des libéraux virant de plus en plus conservateurs.

On croirait presque entendre des Liégeois défendant leur citadelle contre les hordes barbares namuroises, avec vigueur et souvent en dépit du bon sens.

Bien sûr, les jeux ne sont pas faits et le MR peut encore se réveiller – certains somnolent d’ailleurs moins que d’autres.

On doute toutefois que ce soit en lisant ceci. Cette chronique et son auteur ont déjà été catalogués. Gauchistes, of course.

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