chronique

Ne jamais courir au saut du lit

Benoît Mathieu

Le réveil précipité du carabinier: la chronique de Benoît Mathieu.

La semaine passée, on voulait vous parler de gouvernance. À la place, on s’est emballé sur la question des rémunérations dans certaines structures publiques. Alors on y revient. Gouvernance. On remercie d’ailleurs Benoît Lutgen pour la fulgurance de sa méthode de négociation: le sujet est toujours brûlant.

On ne peut donc s’empêcher de rester perplexe face à l’étrange ballet qui s’exécute sur le thème de la gouvernance politique. Où l’on voit certains partis jouer à qui affichera le décumul le plus blinquant, alors que ce n’est guère le cumul des mandats, certes critiquable, qui a bouté le feu aux poudres. Alors que l’enjeu de la gouvernance ne saurait être réduit à ce seul point.

Quel étrange pays, où l’on somnole des éternités durant, laissant moisir des dossiers sensibles, pour se réveiller en sursaut, et trancher dans le vif sans plus attendre. À l’aveuglette, presque.

Où l’on voit des partis demander aux autres formations de danser comme ils sifflent, parce qu’ils sont soit incontournables, soit désirables, pour qui veut se passer du PS. On ne dit pas que ce qu’ils racontent est idiot; on se demande au nom de quoi – une révélation divine? – ils seraient les seuls à porter la bonne parole.

Le pire, c’est ce voile d’urgence absolue dans lequel on a empaqueté cette nécessaire réforme. Il faut aller vite! Et plus vite encore, si possible. Forcément. Puisque l’on a fourré le renouveau des mœurs politiques dans le sac des préalables, il faut le vider, ce sac, avant de pouvoir parler du menu socio-économique, qu’il n’est pas question de laisser en rade trop longtemps.

En voilà une, d’idée. "Il y a urgence à réformer", a-t-on entendu d’un peu partout. Quel étrange pays, où l’on somnole des éternités durant, laissant moisir des dossiers sensibles, pour se réveiller en sursaut, un brin hébété et suant comme au sortir d’un mauvais rêve, et trancher dans le vif sans plus attendre. À l’aveuglette, presque. Tel un carabinier d’Offenbach partant précipitamment à la charge, avec sa guerre de retard habituelle.

Ne pouvait-on séparer les deux sujets? Avancer sur le programme des nouvelles majorités à mettre en place et se poser un peu côté gouvernance? Interroger des académiques, des "vieux sages", aller humer ce qui se fait à l’étranger, s’inspirer de la réussite des uns et du plantage des autres? Et revenir, quelques mois plus tard, avec un menu fort, charpenté et réfléchi?

Mais non. Il y a urgence, la réforme ne peut attendre, paraît-il.

C’est faux.

Il est urgent d’entamer le chantier, pas de le bâcler. Interdire à un député de jouer au bourgmestre a-t-il vraiment du sens, si l’on autorise toujours un autre à exercer une activité privée? Quitte à se vautrer dans des conflits d’intérêts pouvant prendre des dimensions pharaoniques (coucou, Armand De Decker)? Peut-on à la fois prôner le décumul intégral (y compris dans le privé) et la limitation dans le temps du nombre de mandats? Cela mérite de la réflexion, pas de la précipitation.

Le seul impératif, c’est d’aboutir avant les communales de 2018. Histoire que tout le monde sache dans quelle pièce il joue. Cela laisse un peu de temps.

D’ici-là, allez savoir, Kris Peeters aura peut-être déjà déniché un emploi pour chaque Belge. Il fait beaucoup de choses, le docteur Peeters. Chute de cheveux, protection contre les mauvais esprits, guérison de l’impuissance et retour de l’être aimé. Il est fort.

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