chronique

On a failli perdre tous nos repères

Benoît Mathieu

L’approche des élections communales aurait plutôt tendance à nous réjouir, on doit bien l’avouer. Où que ce soit, on y retrouve ce cocktail de petites trahisons, de renversements d’alliances, de vacheries ou de haines confites. Une sorte de Dallas, version bonsaï.

À quoi s’ajoutent des slogans du cru, des clips croquignolets – le "Wavre de paix" de Charles Michel, on ne l’oubliera jamais – et des torrents d’idées saugrenues.

Juste ceci. Pour 2024, prière de ne plus s’obstiner à organiser le scrutin au mois d’octobre. Qui laisse la campagne électorale effectuer ses premiers pas durant l’été, au beau milieu de la torpeur médiatique.

On avait déjà eu droit à Georges-Louis Bouchez s’érigeant en Grand Gardien de la Mémoire, garant du bon usage du terme "nazi". Une pleine page dans le canard, quand même, joli coup pour une proposition frisant l’indigence. Cette semaine, son coreligionnaire Gautier Calomne n’a pas bénéficié de tant de chance, l’actualité étant un poil moins anémique qu’à la mi-août. Son idée à lui? Des contrôles d’identité dans les magasins de bricolage, histoire de tracer l’achat de produits pouvant entrer dans la composition de bombes artisanales. On comprend l’intention, mais à force, on ne peut s’empêcher de s’étonner et de se demander si la défense des libertés est un concept encore en vogue au sein de la boutique libérale.

Serait-il possible de cesser de parler de listes "citoyennes"?

Puisque l’on est quand même occupé à ronchonner, allons-y gaiement. Serait-il possible de cesser de parler de listes "citoyennes" – on devrait peut-être demander à Georges-Louis Bouchez de plancher sur une proposition d’usage restrictif et réglementé? On a frôlé l’indigestion fatale ce vendredi, à la vue d’une photo de candidats sautant en l’air, dans un bel élan de joie crispée. Accompagnés de la mention "liste citoyenne et d’ouverture à la société civile", tout en redondance Télétubbies, comme le cdH sait si bien le faire. Mais on s’en doute que ce sont des citoyens sur ta liste, pas des wombats ou des cancrelats! Plus sérieusement, quand en est-on venus à opposer élus (surtout locaux) et citoyens?

Il n’y a pas à dire, cette semaine nous a malmenés. On a même cru perdre nos repères, voir nos classiques sèchement balayés. Vous avez peut-être suivi: au Pukkelpop, alors que la foule attendait que Kendrick Lamar prenne possession de la scène, des jeunes ont entonné un chant raciste destiné à deux jeunes femmes. On vous passe la version originale, mais la traduction est taquine et finaude à souhait: "Couper les mains, le Congo est à nous."

Indignation, condamnation politique unanime, regrets de l’un des fâcheux que l’on promet de tirer par l’oreille au Musée de l’Afrique: l’affaire allait presque se clore sans autre remous. On s’est surpris à penser: "Tiens, il est surprenant que notre Rémy Bricka de la polémique n’ait pas saisi cette occasion en or."

Heureusement pour nous, Theo Francken n’a pas pu résister. "Tiens tiens", a-t-il lâché sur Twitter, relayant un article racontant comment les deux victimes ont joué des coudes pour se frayer un chemin, n’hésitant pas à rabrouer ceux qui protestaient.

Ah voilà, on le retrouve, notre infatigable secrétaire d’État! En train de contextualiser et de relativiser un acte relevant d’un racisme bête et méchant. Mais qu’importe, au juste, que ces jeunes femmes ne soient pas irréprochables; elles sont victimes de racisme, point barre.

Osons une comparaison boiteuse. C’est un petit peu comme si certains esprits chagrins et bas de plafond remettaient en cause la légitimité même du mouvement #MeToo – dénonçant, pour rappel, les violences sexuelles qu’ont à subir les femmes – parce que l’une de ses figures de proue est accusée, à son tour, d’agression sexuelle à l’endroit d’un jeune garçon. On sait, on a déjà vu rapport plus charpenté que celui-ci. N’empêche que cela s’est réellement déroulé. Cette semaine. Que l’on n’est pas mécontent de voir s’achever.

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