chronique

On n'est pas bien, là?

Benoît Mathieu

Que serait-on devenu, avec un père néonazi? Comment aurait évolué notre petite personne, si notre berceau était localisé chez les Le Pen? Aurait-elle réussi à ouvrir la fenêtre et claquer la porte, ou aurait-elle succombé à cette atmosphère de racisme rance? La chronique de Benoît Mathieu.

Et donc, samedi dernier, une cohorte de néonazis paradaient à Charlottesville, dans l’est des Etats-Unis, conviant la mort à leur parade imbécile. De tous ces gros bras, on retient surtout cette peur, primaire, de tout, de l’Autre – ce Juif noir communiste, certainement suppôt de Satan – et celle de disparaître, soi.

On en ressort aussi avec cet étonnement, qui revient sans cesse face aux dérangés du bulbe, confits dans la haine. Ils ont tous été enfants, un jour. Eux, et tous les Pol Pot, Hitler, Staline, al-Assad ou Dutroux de ce monde. Ils ont été hauts comme trois pommes, bavant et gazouillant comme vous et moi.

On ne cherche pas à excuser, mais à comprendre. Qu’a-t-il donc bien pu leur arriver pour qu’ils dérivent à ce point? Le monde a-t-il pu à ce point les bousiller pour que cela donne… ça?

Dans la foulée, une autre interrogation prend le relais, invariablement. Que serait-on devenu, avec un père néonazi? Comment aurait évolué notre petite personne, si notre berceau était localisé chez les Le Pen? Aurait-elle réussi à ouvrir la fenêtre et claquer la porte, ou aurait-elle succombé à cette atmosphère de racisme rance? Celui qui érige sa réponse en certitude nous paraît bien présomptueux.

Puisque l’on parle d’enfance. On a un petit bout, qui dépasse à peine les trois pommes en question. Et parfois, on a du mal à le regarder en face. C’est vraiment cela qu’on va lui laisser? Un monde avec des néonazis et des Le Pen dedans? Un monde où un guignol insensé, à la tête de la première puissance planétaire, joue à qui pissera le plus loin avec un désaxé nucléaire? Où on laisse crever les gens dans la mer, par troupeaux entiers, parce qu’on les préfère "chez eux" que "chez nous", et ce même si leur "chez eux" est à fuir? Où un type se réveille un matin, aux portes de l’Europe, en se disant que, à bien y réfléchir, sultan, c’est quand même mieux que président?

Parlons-en, de l’Europe. On y voit des pays, un brin plus à l’est que notre timbre-poste, estimer que, finalement, la démocratie et l’Etat de droit, c’est sans doute un peu surfait.

Et de notre pays-confetti, aussi. Où l’on se disperse depuis des décennies en querelles stériles. Où la police chipe sacs de couchage et effets à des migrants suffisamment désespérés pour passer leurs nuits dans un parc bruxellois jouxtant la gare du Nord.

Où André Flahaut croit connaître une seconde jeunesse politique et se sent obligé de le beugler sur tous les toits.

Ce petit gars de quatre ans, on a envie de le prendre dans nos bras. De le serrer fort. De dire que c’est pas grave, tout va bien se passer, tout va s’arranger.

Sauf que c’est pas vrai. En tout cas, sans doute pas vrai. Parce que rien ne s’arrange tout seul. Au contraire, si on ne fait rien, tout empire. C’est l’entropie du monde.

Fichu concept.

Et triste héritage.

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