chronique

On ne veut voir qu'une seule tête!

Benoît Mathieu

Sur le coup, on le sent, on risque de se faire traiter de grincheux ou de chipoteur. Qu’importe. On s’est surpris à plus d’une reprise à regretter le côté un peu rase-mottes du débat politique belge – cette semaine, mais pas seulement.

On ne s’attardera pas trop longuement sur le cas Massin. Juste le temps de rester songeur face à l’océan de déconnexion dans lequel il faut baigner pour ne pas se rendre compte qu’un "salope" glissé dans un discours politique, en 2018, ça risque de ne plus passer crème. Et de se demander, parmi le flot de réactions outrées, lesquelles étaient réellement motivées par la lutte contre le sexisme et lesquelles tenaient plus de l’opportunisme – difficile de résister à un adversaire à terre, surtout un Premier mai, journée nationale de la musculation. On est en tout cas ravi de voir à quel point la classe politique belge s’est convertie au féminisme.

Cette semaine encore, Charles Michel est venu causer Europe devant le Parlement européen. Et s’est fait tailler un costume bien belgo-belge par l’eurodéputé Ecolo Philippe Lamberts, sur la fiscalité ou la politique migratoire notamment. On peut certes estimer que ce n’était pas l’endroit pour ce faire – le duo Nollet/Calvo s’y adonne suffisamment à la Chambre. Et reconnaître que la charge était violente.

N’empêche. La réplique de Michel nous a laissé perplexe. Il n’a, a-t-il dit, aucune leçon à recevoir d’un parti qui a provoqué la bulle du photovoltaïque en Belgique. Déjà, une petite piqûre de rappel. Cette bulle, il y a un gros copyright cdH dessus, puisque c’est André Antoine qui a puissamment soufflé dedans. Ecolo a "juste" éprouvé beaucoup de mal à gérer cet héritage moisi.

Surtout, quel argument bac à sable! C’est un petit peu comme si Lamberts avait lancé: "De toute façon, au MR, vous êtes rien que des gros nuls parce que Jacqueline ne sait pas calculer!" Ce qui n’aurait pas eu beaucoup d’allure. Sans doute attendait-on un brin plus de hauteur de la part du Premier ministre.

C’est ballot, nous qui croyions que l’on trouvait davantage de plomb dans plusieurs cervelles que dans une seule.

Notez que le débat ne vole pas forcément à plus vertigineuse altitude au sein du MR. Sur certains sujets, il ne vole même pas du tout. Il est cadenassé. Impossible. Banni. Prenez les visites domiciliaires, voulues très très fort par Theo Francken mais qui divisent encore la majorité. Et le MR, où le projet, qui s’assied vigoureusement sur quelques libertés fondamentales et semble difficilement compatible avec les valeurs du libéralisme, fait grincer des dents.

Sauf que les patrons Chastel et Michel ont décidé que c’était comme ça et pas autrement. Ceux qui font mine de protester prennent cher; Michel ne veut voir qu’une seule tête. C’est ballot, nous qui croyions que l’on trouvait davantage de plomb dans plusieurs cervelles que dans une seule. C’est peut-être pour cela que Charles Michel a osé, le Premier mai, qualifier son MR de "parti des travailleurs". Une astucieuse référence au goût prononcé des soviétiques pour le débat et la contestation internes?

C’est rigolo, quand même, cette inflexibilité. Quand on compare au flottement qui peut exister chez les réformateurs sur les questions éthiques: chacun peut voter selon son propre goût – histoire d’éviter de perdre en chemin les recrues chipées à l’époque au PSC, on imagine. Sur les autres sujets, par contre, c’est petit doigt sur la couture du pantalon. Au risque de dégoûter les libéraux qui subsistent encore dans la boutique MR.

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