Benoît Mathieu

Allez. On va le dire tout net, comme on le pense, quitte à faire hausser quelques sourcils. On travaille trop.

Vous, moi – en tout cas, la plupart d’entre nous. Corollaire évident: on ne passe pas suffisamment de temps avec nos proches et nos familles.

On en est convaincu: indépendamment des moyens de sa mise en œuvre, la réduction du temps de travail est un débat qui finira par s’imposer, même si cela risque de prendre un petit bail.

Et ne nous y trompons pas. Il ne s’agit pas ici d’une idée de gauche ou d’une lubie de bobo faisant des bulles depuis sa tour d’ivoire. Mais d’une question de société.

De manière générale, il est à peu près fini le temps où un seul salaire – celui de Monsieur, évidemment, mais ça, c’est un autre débat – suffisait à faire bouillir la marmite familiale. Actuellement, les deux parents travaillent, ou en auraient en tout cas besoin. Or le marché du travail tient encore ridiculement peu compte de cette réalité.

Vous l’avez déjà entendue, cette remarque insidieuse glissée sur un ton faussement blagueur, visant celui qui lève le camp à l’heure où les écoles ouvrent leurs portes. "Quoi, tu as pris ton après-midi de congé?"

Rythmes incompatibles. On en vient du coup à se demander si ce ne serait pas mieux que les écoles occupent nos bambins jusque 18h. A les laisser traîner le plus possible à la garderie ou à la crèche – qui ressemblent bien souvent et à s’y méprendre à des parkings à mioches. A travailler davantage afin de pouvoir se permettre de payer quelqu’un pour garder sa progéniture. Vous le voyez, là, le serpent qui se mord la queue?

Bref, on en vient à opposer famille et travail - depuis quand ces deux-là devraient être incompatibles? C’est absurde.

Bref, on en vient à opposer famille et travail – depuis quand ces deux-là devraient être incompatibles? C’est absurde. Parce que peu importe la forme ou la composition de la cellule familiale – et à condition bien sûr qu’elle tourne plus ou moins rond –, un enfant a surtout besoin de ses parents.

Allez, il est même possible, avec un brin de cynisme, de reformuler l’équation en termes économiques, pour ceux qui en auraient besoin. L’éducation n’est pas un coût, mais un investissement. (On se permet de penser que ceux qui prétendent le contraire n’ont rien compris.) Les enfants sont la matière première du futur de notre société. Ce sont eux qui feront tourner la machine. Et là, le problème auquel la société est confrontée, c’est une mauvaise allocation des ressources. Vous rappellera-t-on que, selon une étude toute fraîche, un employé sur six serait menacé par le burn-out? Cœur de cible? Les 35-39 ans. Parfait, pile poil ceux qui sont supposés être au faîte de leur productivité.

Et ceux qui n’ont pas d’enfants, direz-vous, on les maintient de force au turbin? Du tout! Ils ont sûrement des proches qu’ils aimeraient voir plus souvent. Ou eux-mêmes à bichonner.

Sur ce, on vous laisse. On a fini de travailler.

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