chronique

On vous a concocté un petit florilège d'hypocrisie politique

Benoît Mathieu

La rentrée est à peine entamée que déjà les énormités fleurissent dans la bouche de certains hommes politiques.

Reconnaissons: il en faut du courage pour être une femme ou un homme politique. Toutes ces mains à serrer, cette fausse proximité souriante à entretenir et ces critiques à encaisser.

Une solide dose d’aplomb aide aussi, notez bien, à l’heure de sortir des énormités sans ciller. Plus c’est gros, plus ça passe, paraît-il. Un concept que certains ont bien assimilé. On vous a concocté un petit florilège – rien que des pièces récentes, mais de choix.

Malgré une proximité et des affinités jusqu’ici affichées, voilà que l’ensemble des pontes de la N-VA tombent des nues en découvrant le fonds de commerce raciste, sexiste et homophobe de Schild & Vrienden.

Cette semaine, le secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration annonçait fièrement l’arrivée imminente d’une seconde famille dans le centre fermé jouxtant l’aéroport – signe que ce dossier relève autant d’une communication autour de la migration que d’une gestion de la migration. À ce sujet: ne faut-il pas donner raison aux adversaires du cdH qui soulignent que celui-ci se révolte contre l’enfermement d’enfants, alors qu’il fait partie de ceux qui ont voté la loi de 2011 validant la pratique?

Cela paraît sensé, sauf que cela relève de la pure mauvaise foi. Parce que la réalité est un brin plus complexe. Si le parti centriste est bien à la manœuvre derrière ce texte, celui-ci consacre l’interdiction de la détention d’enfants, à laquelle la Belgique s’est adonnée par le passé. Sauf dans des circonstances exceptionnelles, en dernier ressort et pour une durée aussi courte que possible. Or l’arrêté royal adopté par Michel en juillet dernier autorise une durée de réclusion nettement supérieure à celle qui avait été discutée en 2011, et que le cdH avait rembarrée, la jugeant trop longue. Traiter ici le cdH d’hypocrite serait faire preuve d’hypocrisie, en somme.

Venons-en à notre Premier ministre. Qui défendait, le week-end dernier, la dégressivité des allocations de chômage contenue dans son grand accord d’été. Il ne s’agit nullement de raboter le budget, contrairement à ce qui s’était fait sous Di Rupo, où 330 millions d’euros avaient été économisés sur le dos du chômage. Bref, le gouvernement Michel ne pourchasse pas les chômeurs, lui.

Assailli par le doute, on a été revoir la composition de l’équipe Di Rupo. Spoiler: le MR en faisait partie. Et c’est son patron lui-même, Olivier Chastel, qui, alors au Budget, tenait les cordons de la bourse. Si chasse aux assistés il y a eu, elle a été validée par les libéraux. Mieux, voulue par eux, puisque cette dégressivité constitue une concession d’un Premier socialiste à l’aile libérale de son gouvernement – ce que le PS paye encore à l’heure actuelle. Bref, ce coup-là, il fallait oser. Même en campagne.

Terminons par la pièce maîtresse. Malgré une proximité et des affinités avec ce mouvement jusqu’ici affichées, voilà que l’ensemble des pontes de la N-VA tombent des nues en découvrant le fonds de commerce raciste, sexiste et homophobe de Schild & Vrienden.

Dites, les choupinets. Voilà un groupe de gentils garçons pâlots, tous habillés pareil, ayant un faible pour les armes et se préparant au combat, pestant sur les "linkse ratten" et le politiquement correct, pleurant la mise à bas de statues à la mémoire de soldats confédérés, confits dans la tradition catholique et parlant de l’islam comme d’un danger, obsédés par l’immigration de masse qu’il convient de stopper au plus vite sous peine de se faire "grand remplacer", dont le nom fait référence à un massacre ethnique et on en passe.

Et là, vous faites semblant de découvrir que le sol de leur arrière-boutique est visqueux à souhait et que l’endroit empeste le renfermé? Si ça, ce n’est pas prendre les gens pour des truffes.

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