chronique

Parfois, l'amateurisme, ça a du bon

Benoît Mathieu

On aurait tendance à dire qu’on est doté d’un caractère plutôt jouasse, par défaut. Mais rien n’y a fait; cette semaine, on a quand même grimacé à plusieurs reprises...

L’impression d’assister à un festival de caricatures, comme si la politique s’était promis de décevoir chaque fois qu’elle en aurait l’opportunité.

Prenez nos confrères de la RTBF, embarqués par la police alors qu’ils couvraient une action dénonçant la détention de familles – et donc d’enfants – en centre fermé.

Passons sur la réaction de la profession, entre indignation justifiée et indifférence. Pour nous intéresser à celle de Jean-Claude Marcourt, qui fait des bulles depuis qu’il n’est plus ministre wallon – il en a même oublié qu’il l’était encore, ministre, à la Communauté française.

Et donc, Jean-Claude Marcourt raconte n’importe quoi. Accusant le gouvernement Michel d’avoir ourdi ladite arrestation – qui ressemble vachement à un dérapage de la police – et d’œuvrer à l’anéantissement de la liberté d’informer. Voilà, voilà. C’est sûrement Jan Jambon, doublé de son inséparable Azraël, qui a tout manigancé, en connexion constante avec Charles Michel – merci les montres connectées.

Cela dit, interrogé de toutes parts sur le sujet à la Chambre, Michel n’a pas brillé non plus, tout pressé qu’il était de moucher Di Rupo – c’est qu’il a du mal à prendre de la hauteur, notre Premier ministre, quand il est attaqué. Le voilà en train de dégainer le classement mondial de la liberté de la presse mitonné par Reporters sans frontières. Sous son gouvernement, la Belgique est passée de la 23e à la 7e place: avec lui, la liberté de la presse progresse, tandis qu’elle reculait sous Di Rupo! CQFD.

Il a du mal à prendre de la hauteur, notre Premier ministre, quand il est attaqué.

Sauf qu’on ne voit pas très bien le rapport. Ca change quoi au fait que les flics aient coffré des journalistes, qu’ils auraient eu du mal à distinguer des manifestants – un indice: une caméra ou un micro RTBF, ça peut aider, Sherlock?

Sauf que, surtout, c’est faux. Parce que si la Belgique a bien progressé dans le classement, c’est parce que la situation se dégrade plus vite ailleurs qu’en nos riantes contrées. Il n’empêche que le score de la Belgique a légèrement régressé, passant de 12,94 à 13,16 – plus l’indice grimpe, plus ça sent le sapin. Autrement dit, sous Michel, la liberté de la presse a reculé. D’un fifrelin, certes, mais reculé quand même.

Allez, au moins pourra-t-on se consoler en se disant qu’en Belgique, en termes de caricature et de désolation, on joue clairement dans la catégorie amateurs. Niveau classe d’accueil.

Parce que pendant ce temps-là, l’administration Trump met des enfants en cage, et un gros doute subsiste sur sa capacité à un jour pouvoir localiser les parents des bambins qu’elle embastille.

Pendant ce temps-là, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini se propose de débarrasser l’Italie des Roms. Il parle d’épuration de masse, quartier par quartier – une bonne vieille purge, la technique a déjà fait ses preuves. Le même menace l’écrivain Roberto Saviano, qui s’est mis la mafia à dos et a le toupet de se montrer critique envers ce gouvernement de tous les extrêmes, de lever sa garde policière.

Une septantaine d’années. C’est donc, à la grosse louche, ce qu’il faut à un pays ayant souffert de la gangrène fasciste pour se payer une rechute.

C’est alors que la phrase d’une (estimée) consoeur est revenue nous trotter en tête – elle déclarait il y a peu ne pas faire d’enfant parce qu’elle serait bien incapable de lui expliquer l’état du monde. Ca ne nous a pas lâché.

D’autant plus qu’on a, par le passé, gentiment pesté sur la génération des baby-boomers, qui a vécu des années présentées comme glorieuses sans trop penser à l’avenir, en vivant au-dessus de ses moyens. L’héritage: une solide dette publique et des pensions non financées. À la façon de ce pote relou qui quitte le restaurant en premier en vous laissant prendre en charge la douloureuse.

On doit bien l’avouer: on espérait faire un chouïa mieux et léguer à notre progéniture un monde en meilleur état que quand on l’avait reçu. Ne fût-ce que d’un soupçon. Ou, à tout le moins, pas plus amoché. Sauf que là, c’est mal emmanché, avec la brochette de psychopathes et de guignols qu’on retrouve aux commandes dans certains coins de la planète.

Sur ce, on vous laisse. On a une ligne de défense à préparer. Et l’affaire se présente plutôt mal.

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