Peau de vache et vache sacrée

©Aude Vanlathem

On se réjouit sincèrement du round électoral qui s’annonce. Que le ring soit communal, fédéral ou régional. Le seul truc pénible, avec ces élections, c’est qu’il faut se farcir la campagne.

On se réjouit sincèrement du round électoral qui s’annonce. Analyse foudroyante des résultats par les intéressés – tout le monde a gagné, l’électeur ayant envoyé plein de signaux visiblement contradictoires –, valse des alliances et des trahisons. Que le ring soit communal, fédéral ou régional. Il n’y a que le scrutin européen dont on se passerait bien, à vrai dire; on ne trépigne pas d’impatience à l’idée de voir enfler la vague eurosceptique.

Le seul truc pénible, avec ces élections, c’est qu’il faut se farcir la campagne.

Surtout que la N-VA a démarré sur les chapeaux de roue et semble décidée à aborder l’exercice avec décontraction et sans-gêne. Elle dit tout ce qu’elle pense, comme elle le pense. Sans filtre. Sans s’embarrasser de convenances. Qu’il s’agisse de la vérité nue et froide – cette semaine, Theo Francken a été d’une étonnante franchise sur les dessous de la politique migratoire européenne – ou de l’outrance la plus clinquante.

Peau de vache, elle se fiche désormais éperdument de la sensibilité de ses partenaires, MR en tête. Pour les nationalistes flamands, l’heure n’est plus à ménager le seul partenaire francophone qui a bien voulu s’associer avec eux, mais à se rendre incontournables. Quitte à devoir se rabibocher par la suite. Autrement dit: s’il le faut, la N-VA n’hésitera pas à marcher sur la tête de Charles Michel – cette semaine, elle en a déjà entamé l’ascension. Reste à savoir jusqu’où elle peut aller sans que le Premier ne bronche.

Au moins, après les déclarations nationalistes fracassantes sur Mawda ou l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, les partenaires flamands de la suédoise se sont-ils un brin distanciés du style Francken. Encore ce jeudi, à la Chambre. Sans fracas certes; sans ambiguïté non plus.

Et le MR?

Charles Michel a beau avoir repris la main sur la réforme du Règlement de Dublin, il n’a pas explicitement remis son secrétaire d’Etat à sa place.

S’il le faut, la N-VA n’hésitera pas à marcher sur la tête de Charles Michel cette semaine, elle en a déjà entamé l’ascension. Reste à savoir jusqu’où elle peut aller sans que le Premier ne bronche.

Sans doute était-ce là le rôle du parti. Du patron, ou du chef de groupe à la Chambre. Mais non. Rien. Le MR préfère concentrer sa fureur sur "l’indignation sélective de l’opposition", qui n’aurait pas carbonisé John Crombez (sp.a) avec autant de vigueur que Theo Francken, alors que tous deux ont prôné le push-back, soit le refoulement des bateaux de migrants, considéré depuis 2012 comme une entorse aux droits de l’homme.

Puisque l’on parle d’indignation sélective. Jouons à un petit jeu. Qui a dit, en mars 2013, que la N-VA se situait "à la frontière de l’extrême droite"? Et en mai 2014: "A la N-VA, il y a des relents racistes"? Tout juste: Charles Michel, alors président du MR.

La N-VA n’ayant guère, ces dernières années, passé son fonds de commerce à l’eau de Javel, qu’est-ce qui a changé? D’adversaire, Michel est devenu partenaire de la N-VA; il a donc laissé son baluchon de griefs à l’entrée. Si ça, ce n’est pas également une forme d’indignation sélective.

Notez bien que le MR n’a nul besoin de la N-VA pour se fourrer dans des situations gênantes. Il se débrouille très bien tout seul. Cette semaine, le parti réformateur a envoyé au casse-pipe Richard Miller – l’intellectuel de la bande! – pour défendre ce drôle de gloubi-boulga: la parole universitaire est trop cantonnée dans la critique. De temps à autre, elle pourrait chanter les louanges de l’action gouvernementale. Voilà: offrons des costumes de pom-pom girl à nos recteurs.

Ce gouvernement n’a nul besoin des universités pour se faire tresser des lauriers, il a déjà la FEB pour ce faire. Au risque de la caricature, on se permet de penser que les recteurs sont plus utiles dans le rôle de gardien de la démocratie, sortant quand ils l’estiment nécessaire, que dans celui du complaisant flagorneur.

Allez, au moins aura-t-on bien ri avec l’aventure indienne du CD&V. C’est Knack qui a levé ce joli lièvre: sur les quelque 36.000 personnes ayant "liké" la page des chrétiens démocrates flamands sur Facebook, plus de 10.000 sont localisées en Inde. Evidemment, le parti a juré ses grands dieux qu’il n’achetait pas de fans au kilo. "Il n’est pas impossible que le CD&V soit particulièrement populaire en Inde", a osé le vice-Premier Kris Peeters sur Radio 1.

Kris Peeters, vache sacrée. ça doit être ça, oui.

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