chronique

Que l'alerte sanitaire s'accompagne d'un débat sur notre nouvelle vie

Journaliste

La quatrième vague commence et le virus de s'installer dans la liste des infections courantes.

Frank Vandenbroucke a sonné le tocsin cette semaine. Avec ce ton professoral qu'on aime ou qu'on abhorre et ce mélange, naturel chez lui, de flegme, d'austérité, de fermeté et de raison, le ministre de la Santé nous annonce que le pays est entré dans une quatrième vague de la pandémie Covid. Déjà vu: le monde politique se réveille pour réveiller à nouveau l'opinion une bonne semaine après les experts de tous poils qui alertaient déjà sur l'évolution préoccupante des chiffres. Prévisibles dans leur progression, ceux-ci sont sans appel. Malgré un bon taux de vaccination – avec 73% de vaccinés-deux-doses, la Belgique est à la quatrième place européenne – le variant Delta a refait monter les admissions au-delà du niveau d'alerte tandis que l'occupation des lits en soins intensifs se rapproche de 300, limite au-delà de laquelle l'offre de soins réguliers est significativement impactée, nous apprennent les analyses officielles. Autrement dit, certaines opérations considérées comme non urgentes sont reportées, avec toutes les conséquences que l'on imagine pour les malades concernés et leurs proches.

Ce signal d'alarme retentit alors que les autorités politiques semblent toujours figées dans une sorte d'entre deux. Entre une vie guidée par la gestion sanitaire et une vie qui redémarre après un moment difficile. Au fédéral, on est soulagé d'avoir pu accoucher du budget et assurer la rentrée parlementaire du gouvernement, mais ce nouveau rebond pandémique éloigne une nouvelle fois la perspective d'une sortie de la phase fédérale de la gestion de crise. En définitive, la coalition Vivaldi est comme la population: impatiente de mettre le covid en arrière-plan pour s'attaquer à d'autres problèmes plus classiques.

Ce ras-le-bol se ressent jusque dans le naturel du personnel politique. Lors de la dernière manifestation syndicale en date, on a ainsi vu une brochette de responsables PS parmi les plus hauts défiler toutes dents dehors sans grand respect des gestes barrière de base. Idem pour les verts défilant pour le climat. Et au MR, à l'heure de rédiger cette chronique, on s'attendait à ce que la fête organisée vendredi soir pour des milliers de personnes à l'occasion du 175 e anniversaire du libéralisme mette les bons usages sanitaires à rude épreuve. Avec l'atténuation de la pandémie grâce à la vaccination, une sorte de relâchement s'est installé dans l'ensemble de la société. Le masque est généralement porté avec moins de zèle et le covid safe ticket est appliqué avec plus ou moins de rigueur dans l'horeca bruxellois qui l'impose pourtant depuis le 15 octobre.

Et la ministre francophone Bénédicte Linard (Ecolo) d'ouvrir une brèche quant au bien être des jeunes francophones qui passent toujours leurs journées d'école derrière un masque et subissent tests et quarantaines parfois à répétition. Il est temps de lâcher la bride aux élèves, estimait-elle cette semaine non sans subir les foudres de certains gardiens autoproclamés du temple sanitaire.

Si les propos de Bénédicte Linard risquent de paraître irresponsables alors que démarre cette quatrième vague, ils font émerger un débat nécessaire. Le taux de vaccination, salut de la lutte anti-covid, ne progressera plus que lentement à moins de rendre la piqure obligatoire. Comment dès lors appréhender la gestion d'une maladie qui s'installe dans la liste des infections courantes? Quel sort réserver à ces mesures liberticides et déprimantes prises ces derniers mois? Doit-on réfléchir à adapter l'offre hospitalière, singulièrement au niveau des soins intensifs? Ces questions méritent un débat bien préparé, car plus le tocsin sonnera, moins on risque de lui prêter attention.

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