Rien de tel que le vacarme occupationnel

©L'Echo

Meubler. Faire du bruit. Détourner l’attention. Voilà l'objectif d'Alain Courtois quand il parle d'immigration ou de Bart De Wever lorsqu'il oppose juifs et musulmans.

Ils sont plusieurs à avoir frappé fort. Essentiellement le week-end dernier, histoire que leur fulgurance puisse imprégner davantage les chaumines. Il y a Alain Gnagnagna Courtois, qui s’érige en héraut du deux-roues parce qu’il a obtenu que la "Grande Boucle" s’élance de Bruxelles en 2019 – oubliant au passage qu’il était prêt à se coucher sur le bitume afin d’éviter qu’une horrible piste cyclable ne vienne défigurer l’harmonie automobile d’une grande avenue bruxelloise.

Alain Courtois, donc, dans les colonnes de la Dernière Heure. "Il y a un problème d’immigration dans ce pays." Parlons-en, osons le dire, ajoute l’intrépide. Merci, Alain. Jusqu’ici, personne n’avait encore vraiment eu la hardiesse d’entonner ce refrain. Bref, tu étais attendu.

Il fallait bien qu’il rebondisse, le pauvre homme, après s’être pris un stade entier dans les dents. Et tandis que l’avenir s’annonce ardu. Durant sept mois, il va devoir défendre le bilan du MR à la Ville de Bruxelles, alors que l’accord de majorité passé entre PS et MR pourrait être caricaturé de la sorte: le premier soutient le second sur le dossier du stade national et le second permet au premier de poursuivre comme il l’a toujours fait.

Un brin gêné aux entournures, Alain a sorti le joker de l’immigration. Un classique – qu’au MR, un autre Alain a intégré depuis belle lurette. Simple et efficace.

Le champion toutes catégories, c’est la N-VA. Un parti qui n’héberge aucun raciste, parole de Jan Jambon. Mais qui, par contre, n’hésite pas à jouer avec la xénophobie.
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Dans le même registre, le champion toutes catégories, c’est la N-VA. Un parti qui n’héberge aucun raciste, parole de Jan Jambon. Mais qui, par contre, n’hésite pas à jouer avec la xénophobie. Prenez les dernières sorties du grand patron nationaliste. Dans le très recommandable Wilfried, où il débite des contre-vérités sur l’empire romain, dont on se demande bien quel sort il aurait réservé à un trublion séparatiste comme lui. Dans le Zondag, où, une fois de plus, Bart De Wever oppose une communauté à une autre, enfermant dans ses propres généralités juifs et musulmans.

L’objectif de la manœuvre? Meubler. Faire du bruit. Détourner l’attention.

Cela permet par exemple de passer aisément sous silence le glorieux titre décerné à Anvers, qui figure au rang des capitales mondiales de la cocaïne. Ou le fait que des grenades aient explosé dans le district anversois de Deurne. Il se serait déroulé le quart du tiers à Bruxelles que la N-VA tout entière aurait lancé la cavalerie médiatique sur la capitale.

Il faut toutefois excuser Monsieur De Wever. Ces histoires, peut-être n’en avait-il jamais entendu parler. Trop occupé à être président de parti, le député De Wever n’a sans doute pas disposé du temps nécessaire afin de lire sa gazette à la cafet’ de la Chambre, ce qui lui aurait permis d’alerter le bourgmestre d’Anvers.

Maintenant qu’il y a le soldat Vandeput à sauver, on se demande quelle minorité ou communauté les nationalistes flamands vont cibler. Ou quel pétard communautaire vont-ils lancer.
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Le pire, c’est que ce n’est sans doute pas fini, ce vacarme occupationnel. Maintenant qu’il y a le soldat Vandeput à sauver, on se demande quelle minorité ou communauté les nationalistes flamands vont cibler. Ou quel pétard communautaire vont-ils lancer – du style, à Bruxelles, tous les soignants doivent être bilingues.

Puisque l’on parle de Bruxelles. Il est piquant de noter que l’on retrouve parfois ceux qui appellent de leurs vœux des réformes bruxelloises en train de bloquer… des réformes bruxelloises. À savoir le trio CD&V, N-VA et Open Vld qui ne veulent pas entendre parler du décumul des mandats. Le plus cocasse là-dedans restera la justification libérale, administrée par Guy Vanhengel. Tous les mandataires Open Vld affichent un ancrage local fort, assure-t-il. Contrairement à la N-VA. Dès lors, le décumul déforcera la troupe libérale, et ça, c’est inacceptable. C’est bien. Au moins ne fait-on même plus semblant de faire primer l’intérêt général sur le sien. Cela a le mérite de la transparence.

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