Rudi III, le retour

©Aude Vanlathem

En doublant Fédéral, Flandre et Wallonie, la capitale aurait-elle péché par une sorte d’égocentrisme insulaire, agissant comme si les autres niveaux de pouvoir n’existaient pas? Allons donc.

Il y eut bien quelques rebondissements et une dose de faux suspense. Mais ça y est. Bruxelles s’est dotée d’un gouvernement. Cela étant, en doublant Fédéral, Flandre et Wallonie, la capitale aurait-elle péché par une sorte d’égocentrisme insulaire, agissant comme si les autres niveaux de pouvoir n’existaient pas? Allons donc. L’idée phare du fédéralisme n’était-elle pas de doter ses entités d’une certaine autonomie? Quant à ceux qui pointent le risque de voir des majorités asymétriques émerger en Belgique, on leur répondra ceci. Si c’était pour aboutir à des coalitions similaires à tous les étages, fallait-il vraiment se fader six gouvernements différents? Un seul n’aurait-il pas fait l’affaire? La Belgique, et son fédéralisme à la tête du client.

Enfin bon, le voilà, ce gouvernement. Vervoort III, le retour. Né dans une certaine précipitation, tout ça pour accoucher avant le 21 juillet. Une fête nationale sans exécutif bruxellois? Mais vous n’y pensez pas, malheureux.

Né sous le signe de la continuité, aussi. De quoi, en même temps, garantir une forme de cohérence dans l’action politique et laisser un goût de trop peu. C’est que tout cela manquerait, comment dire? De souffle. De relief. À quoi est-ce dû? Ce doute qui plane sur la faisabilité budgétaire de certaines ambitions, cela n’aide pas. Côté parité entre hommes et femmes, ce n’est pas cela non plus. Il y a, aussi, ce profil de fonction pour la ministre-présidence, qui s’est affiné au fil du temps. Un homme, c’est évident. Plutôt en phase d’atterrissage. Socialiste, de préférence – les quelques libéraux qui s’y sont risqués n’ont pas fait de vieux os. Et ces derniers temps, le port de la moustache constitue un atout. Bref, cela ne vend pas du rêve.

Le MR, par la fenêtre s'il le faut

Il est peut-être là, le principal défi d’Ecolo, le nouveau de la bande. Qui a tendance à se manger une veste à la sortie de chaque participation gouvernementale. Être capable, durant les cinq années à venir, de traduire l’empreinte verte qui sous-tend la déclaration en arguments électoraux (autrement dit, marketing) clairs, simples et intelligibles pour l’électeur. Pas gagné d’avance. Et voilà pour les épaules d’Alain Maron et Barbara Trachte.

En face, il y a le MR. Qui n’a pas laissé passer un jour sans ressasser sa frustration et dire tout le mal qu’il pensait du sort réservé au pauvre peuple bruxellois par Vervoort & Compagnie. Cocasse, quand on sait que les libéraux francophones ont fait des pieds et des mains pour en être, de cet exécutif. Jusqu’à endosser le rôle du boulet dont personne ne voulait à la fête, faisant pression sur son cousin pour l’introduire malgré tout. Quitte à prendre quelque distance avec le concept de dignité. À envisager de recourir à des entourloupes, en gonflant l’un ou l’autre gouvernement d’un ministre supplémentaire, afin de disposer d’un portefeuille. Quitte à ne pouvoir amender le menu qu’à la marge – difficile, en effet, pour qui se glisse par la fenêtre de prétendre réagencer la totale.

Le jour où le MR cessera de se saborder à Bruxelles, peut-être retrouvera-t-il voix au chapitre. On lui souhaite. Sincèrement.

Tout en laissant, au même moment, ses troupes raconter n’importe quoi sur l’une des priorités dégagées par cette équipe que la Toison d’Or rêvait d’intégrer. La zone 30 (presque) généralisée? Les comiques troupiers du MR wallon s’en sont donnés à cœur joie. Mobilité et sécurité routière ne font guère partie des "véritables enjeux bruxellois" ©GLB. Une zone 30, c’est plus dangereux qu’autre chose. Le plus triste dans l’histoire? C’est qu’une partie de ces inepties émanaient du ministre fédéral de la Mobilité. Et que l’on connaît quelques jeunes libéraux bruxellois qui pleuraient des larmes de sang face aux arguments en carton déployés par la cavalerie libérale wallonne. Le jour où le MR cessera de se saborder à Bruxelles, peut-être retrouvera-t-il voix au chapitre. On lui souhaite. Sincèrement.

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