Journaliste

Les libéraux ont la défaite mauvaise et l'introspection difficile.

On ne va pas s’en cacher. Dimanche dernier, on a suivi les résultats des communales les yeux rivés sur l’écran. Captivé. Et on aurait aimé voir la tête que l’on a tirée lorsqu’est arrivé, lundi midi, le communiqué du MR dressant le bilan du scrutin, sur un ton presque triomphal. Joli cas de déni total.

Allez, quand même, le déclic semble avoir eu lieu dans un second temps. L’heure de l’introspection a sonné, chez les libéraux.

Soyons de bon compte. Pas mal de libéraux ont tiré leur épingle du jeu.

Le plan de bataille? Tirer les leçons du passé (octobre) afin de ne pas se manger la même veste à l’avenir (mai). Le seul hic, c’est qu’apprendre de ses erreurs ne semble pas être le fort du Mouvement réformateur. Jugez plutôt: il n’a pas fallu bien longtemps après la défaite pour que refassent surface quelques insinuations chargées, renvoyant directement à la guerre des clans ayant déchiré le MR il y a une petite dizaine d’années.

Oui, oui. Michel vs Reynders, comme au bon vieux temps. Faites péter le pop-corn.

On sent la tentation. Tout est de la faute de Didier, qui ne s’est pas assez impliqué sur le front bruxellois. Qu’importe, finalement, si la débâcle, certes cuisante dans la capitale, est bien plus que bruxelloise. Avant tout urbaine et aussi, si pas plus, marquée en terres wallonnes. Et que, à vrai dire, le patron libéral, c’est Olivier Chastel. Et que l’on retrouve, dans la plupart des manœuvres, la patte de Charles Michel. À Uccle, notamment, ce qui peut y expliquer l’absence de… Didier Reynders.

Cela dit, les deux hommes se sont retrouvés sur un point. Tout cela, c’est la faute de la RTBF, qui a causé un dérèglement climatique le samedi soir. Le Premier ministre a pesté en interne le lundi, accusant la chaîne publique d’avoir tout mis en place pour qu’Ecolo rafle la mise. Et il nous revient que Didier Reynders s’en est plaint, dès le dimanche soir, au boulevard Reyers.

Outre le respect dont elles font preuve envers la RTBF, cela constitue un excellent indicateur du logiciel politique en place chez les têtes pensantes du MR.

Enjeu climatique? Vaste complot visant à faire vaciller le MR. Et à détourner l’attention du véritable enjeu: nos petites élections communales et leurs clochers. Vu comme ça: faut-il vraiment s’étonner que le bilan environnemental du gouvernement fédéral soit plus maigre encore que ses avancées en termes de mobilité?

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Michel et Reynders ne sont pas les seuls, soit dit en passant. La bourgmestre évincée d’Ixelles, Dominique Dufourny, est sur la même ligne. Il faisait chaud, l’électeur avait donc le réchauffement climatique en tête. Voilà tout. Soit le degré zéro de l’analyse, d’habitude squatté par le secteur du commerce attribuant systématiquement le succès ou l’infortune des soldes à cette décidément toute-puissante météo belge.

Soyons de bon compte. Pas mal de libéraux ont tiré leur épingle du jeu.

Françoise Schepmans, sortant dignement de scène à Molenbeek.

Christine Defraigne, soulignant que le MR ferait de mieux cerner les enjeux urbains et les aspirations de ceux qui vivent en ville.

Boris Dilliès, reconnaissant avec une rafraîchissante lucidité que son parti "s’est pris une gigantesque taule". Mais surtout, que les libéraux ont trop longtemps méprisé la mobilité douce. Et qu’il est grand temps d’apporter une réponse structurée aux préoccupations environnementales – sans doute d’aussi belles que vagues déclarations à la tribune de l’ONU ou de la Chambre n’y suffiront-elles pas.

Vincent De Wolf, aussi, plaidant pour un retour au libéralisme social cher à Michel, père.

Ne manquerait plus que le parti se mette à songer, comme l’a déjà écrit dans ces pages un estimé confrère, à introduire un brin plus de diversité sur ses listes. Avec tout cela, peut-être le MR retrouvera-t-il le bon bout?

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