chronique

Soyons réalistes, ne faisons rien!

Benoît Mathieu

Tel est le problème, avec les réponses décevantes: elles déçoivent. Or on a tendance à penser que le politique ne peut plus se permettre de jouer dans ce registre. Et pourtant, cela n’en finit pas.

Tel est le problème, avec les réponses décevantes: elles déçoivent. Or on a tendance à penser que le politique ne peut plus se permettre de jouer dans ce registre. Parce que sa répétition finit par émousser la conviction que l’action politique est à même de générer et appliquer des solutions dans l’intérêt collectif.

Et pourtant, cela n’en finit pas. Occulter un pan de la réalité parce que l’on préfère ne pas le voir reste un sport hautement pratiqué. La technique a du bon: poser un diagnostic biaisé ou arrangé permet de pousser le remède qui vous sied.

Il nous semblait, naïvement, que la gestion de la chose publique s’élaborait à partir de l’état actuel du monde et des connaissances.

Prenez la sortie d’Alexander De Croo ce vendredi dans La Libre. Le vice-Premier Open Vld met le doigt là où cela fait mal: sortir du système des voitures de société pose un sacré défi en termes de pouvoir d’achat – on ne parle pas de "voiture-salaire" pour rien.

Puis il se fourre le doigt dans l’œil.

Que propose-t-il? Que, d’ici 2023, ces voitures soient "zéro émission". Passons sur le fait que l’on se demande ce que c’est, une voiture "zéro émission" – on est, à vrai dire, à peu près sûr que cela n’existe pas. Mais voilà. Oui, indéniablement, cela aurait des effets bénéfiques sur la qualité de l’air dans les centres urbains. Mais ne résoudrait en rien l’absurdité fiscale consistant à payer les gens en voiture plutôt qu’en argent. Surtout, qu’elle soit autonome, électrique, nucléaire ou au charbon, une voiture reste une voiture. Autrement dit, on laisse totalement dans l’ombre la problématique de la congestion automobile. À un véritable enjeu, voilà qu’on n’apporte qu’une demi-solution – et encore, on est gentil.

Ce n’est pas le seul exemple de cécité sélective, cela dit. Loin de là. Quand il s’agit d’aborder la question climatique, la tendance est plutôt lourde dans les rangs des libéraux et des conservateurs, qui brandissent parfois la bannière "écoréalisme".

Faut-il adapter nos comportements face à la menace climatique qui nous pend au nez? Pas forcément, avance cette tendance. Suit inévitablement une apologie de l’ingéniosité humaine, qui ne tardera pas à développer de nouvelles technologies qui nous sortiront de ce mauvais pas. Donc, en attendant, ne changeons pas trop. Quelque part, cela revient à fermer les yeux et espérer que quelqu’un déboule du futur pour nous sauver.

Bien sûr, on caricature. Et on ne doute pas qu’il faudra compter sur l’innovation, ni qu’elle ait un rôle à jouer. Il nous semblait seulement, et peut-être assez naïvement, que la gestion de la chose publique s’élaborait à partir de l’état actuel du monde et des connaissances. Tenez, quand il est question de déterminer la marge salariale disponible en Belgique, on se tourne vers nos voisins. On inspecte ce qu’il vient de s’y passer et quelles sont les prévisions à court terme – et si la réalité finit par s’en écarter, eh bien, on corrige le tir au prochain round. On part de faits, et non d’une quelconque intuition futuriste.

Retour au climat. De quelle technologie s’agit-il? Quelle est son efficacité? Son coût? Son stade de développement actuel?

Mystère. La technologie nous sauvera, c’est tout. On appelle cela de la pensée magique. Tout ça pour ne pas envisager la possibilité de devoir s’attaquer à notre mode de fonctionnement; qu’importe si l’on voit les coutures craquer.

Et si la technologie est finalement à l’heure au rendez-vous? Tant mieux. Si elle tarde au contraire à tenir ses promesses, au moins se sera-t-on mis en route. Au lieu de rester plantés là.

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