Benoît Mathieu

Si vous comptiez passer l’été sans cette polémique à la noix, eh bien, c’est raté. Le soleil brille; l’actualité bronze; le burkini refait surface...

Aidé, cette semaine, par le tribunal de Gand qui a établi qu’une piscine publique ne pouvait interdire aux baigneuses le port du burkini pour des raisons d’hygiène ou de sécurité – détours qu’avaient empruntés les règlements de deux bassins communaux gantois.

La politique n’a pas mis longtemps à se jeter à l’eau. À ce petit jeu, l’usage (assumé) de la plus grosse ficelle revient, pour l’heure, à Theo Francken. Qui veut bien entendre parler des doutes budgétaires de Groen, mais assène que "ce que les Flamands veulent massivement savoir aujourd’hui", c’est si les écologistes flamands souhaitent voir fleurir ce maillot-voile dans nos jolis bouillons de germes au chlore.

Et si on laissait plutôt les femmes s’habiller comme elles l’entendent? Tout simplement.


On admire le geste technique: passer tel un cabri audacieux de milliards à trouver à un bout de tissu, il fallait le faire. Surtout, on reste béat d’admiration devant cette faculté à savoir ce que le bon peuple flamand réclame.

Voilà pour l’aspect politique. Après, on s’aventure dans la jungle idéologique. Et là, on doit bien dire, on marche sur des œufs. Notamment parce que, même si on freine des quatre fers et de toute notre volonté, on arrive tout doucement dans la catégorie sociale "mâle blanc de plus de quarante ans". Qui est sans doute plus coutumière du fait de l’ouvrir haut et fort sur des sujets de société que de les ressentir dans sa chair ou son âme. En gros.

On va quand même poser ceci. On se pense féministe et laïc, voire un tantinet allergique à la notion de religion. On comprend les arguments de ceux – enfin, surtout de celles – qui voient dans le burkini, voire le voile, un symbole d’oppression de la femme. On entend la voix de celles qui regrettent que l’Europe puisse se montrer accommodante envers cet archaïsme faisant peser sur la tête des femmes la concupiscence masculine, alors qu’elles-mêmes se battent pour faire exploser ce carcan, dans des contrées malmenant leurs libertés.

Seulement, on a encore en tête les images de l’été 2016, alors que la France souffrait de vallsite aiguë et envoyait ses policiers demander à ces dames de bien vouloir se découvrir. Images qui nous avaient immédiatement renvoyés à celles du début du XXe, lorsque la police des mœurs balnéaires veillait à ce qu’il n’y ait pas trop de peau qui dépasse. Ainsi donc, après leur avoir enjoint de se couvrir, voilà nos lumineuses démocraties qui ordonnent aux femmes de se dénuder. De "couvre-toi, femme impudique", à "mets-toi à poil". Au nom de quoi?

Et si on laissait plutôt les femmes s'habiller comme elles l'entendent? Loin de toute pression sociale prétendant les bâcher ou leur imposer une conduite vestimentaire. Elles ne s'en porteraient sans doute que mieux. Enfin, on croit.

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