chronique

Un pacte sur les migrations qui n'a rien changé

Chronique d'Alain Narinx, News Manager Economie & Politique.

C’était il y a un an: la N-VA claquait la porte du gouvernement de Charles Michel. La raison: la signature par la Belgique, mi-décembre lors d’un sommet international à Marrakech, du "Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières" de l’ONU. Ce Pacte suscitait une forte opposition du parti de Bart De Wever, il a déchaîné les passions – rappelez-vous d’une campagne publicitaire choc de la N-VA – et il a occupé une bonne partie de la "une" de l’actualité belge pendant des semaines.

Une crise pour quoi? Un an après, le soufflé est évidemment retombé. S’il subsistait un doute, ce Pacte était bien un prétexte, un "casus belli", un coup de com’ politique. En l’occurrence, après des élections communales décevantes en octobre 2018 et dans la perspective des législatives et régionales de mai 2019, il s’agissait pour la N-VA de redorer son blason auprès des électeurs sensibles à la thématique de l’immigration et d’ainsi concurrencer le Vlaams Belang. L’opération n’a guère réussi: au dernier scrutin, la N-VA a perdu un peu moins de 300.000 voix par rapport à 2014 et le VB a triomphé.

Sur le fond, le fameux "Pacte de Marrakech" est fort logiquement retourné dans l’oubli. Il s’agit d’un traité international, symboliquement fort certes, mais non-contraignant. Il vise à faire mieux coopérer les États pour gérer les crises migratoires, tout en réaffirmant la souveraineté nationale et en plaidant pour une gestion respectueuse des droits humains. Bref, pas de quoi bouleverser l’ordre mondial. Les arguments des détracteurs du Pacte de Marrakech, selon lesquels il allait créer un appel d’air pour les migrants et favoriser la régularisation des illégaux ainsi que leur accès aux aides sociales, ne se sont naturellement pas vérifiés.

Et qu’en est-il d’un éventuel afflux de demandeurs d’asile en Belgique? En consultant les statistiques – dont la froideur reflète mal la réalité et la complexité du sujet –, il appert que 2019 sera sans doute une année moyenne. Selon le CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides), un peu plus de 23.000 demandes de protection internationale ont été enregistrées sur les dix premiers mois de cette année. Pour l’ensemble de 2019, le chiffre avoisinera sans doute les 26.000 demandes, soit une hausse notable par rapport aux trois dernières années, mais loin du pic de 2015 en pleine crise des réfugiés (près de 44.700 demandes). Entre janvier et octobre 2019, environ 4.600 personnes ont obtenu le statut de réfugié ou un statut de protection subsidiaire cette année dans notre pays.

Bref, un an après, on voit que le Pacte de Marrakech n’a rien changé. Quant à l’exploitation politique de l’immigration, elle garde de beaux jours devant elle…

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