Un peu de climat pour Noël?

©Aude Vanlathem

Chronique de Benoît Mathieu

Un cadeau original pour Noël? N’hésitez pas! Avant d’être étonnamment discret durant quelques heures sur les réseaux sociaux, au plus fort de la crise sur le pacte migratoire, Theo Francken jouait les "promo boys" pour son bouquin. Eh oui: pourquoi ne pas offrir "Continent sans frontière", son livre "qui se vend très bien", dédicacé de surcroît? Le secrétaire d’État a raison: pourquoi se priver de ce canal de diffusion, où il a d’ailleurs tendance à se montrer diablement efficace?

Ce qui nous fait sourire, nous, c’est cette référence à Noël. Qui n’est pas loin d’être l’histoire d’une famille de migrants – sans papiers et même pas bon chrétiens – cherchant accueil et abri. Avec le modèle australien rêvé par Theo Francken et encensé sous sa plume, on se demande si l’ami Jésus n’aurait pas vu le jour enfermé dans un camp de transit plutôt que dans une mangeoire. Et ça, une tente crasseuse et des barbelés, cela aurait quand même eu moins de gueule, sous le sapin.

Tant qu’on y est, on ne peut s’empêcher de trouver cocasse de crier à la disparition de nos belles valeurs chrétiennes – "Weg met ons!" – dès qu’un marché où l’on refourgue de la mauvaise vinasse bouillie à la cannelle dans de petits cabanons en bois perd sa référence à Noël. Alors que dans le même temps, on s’assied pesamment sur lesdites valeurs, dont le pilier – pour une fois que le catéchisme ingurgité nous sert à quelque chose – n’est autre que l’amour et l’acceptation du prochain. Faudra-t-il classer ce petit arrangement avec le "fondement de notre société" au rayon des "accommodements raisonnables"?

Notez que le trublion de la N-VA n’était pas le seul à faire de la retape sur les internets; le MR, qui s’est réveillé juste avant la grande marche pour le climat de dimanche dernier, a frappé fort. À coups de petits visuels mignons, faits d’une planète bichonnée et de petits arbres partout – au fait, vous a-t-on déjà entretenu de notre passion pour ces petites images qui constituent le degré zéro de la communication politique?

Chez les libéraux, la palme revient sans conteste à Marie Christine Marghem. Qui, dans une vidéo lunaire, invite, en tant que "citoyenne engagée", à venir marcher avec elle. Et, ayant retrouvé sa casquette de ministre de l’Environnement, annonce – accrochez vos ceintures – qu’elle se rendra à la COP24. Où elle aura besoin de ce "soutien" pour "défendre les positions de la Belgique et de l’Europe". Allant jusqu’à se mettre en scène, grimpant dans son avion, emportant avec elle "la voix de 70.000 personnes" ayant demandé au monde politique de se réveiller.

Mais qu’en est-il, des positions de la Belgique? Opposition à une directive sur l’efficacité énergétique, pour laquelle notre pays a même tenté de dégager une minorité de blocage, sans succès. Abstention au sujet d’une autre concernant les énergies renouvelables. Le tout, sur fond d’échec programmé, la Belgique faisant partie des cancres européens climatiques, en passe de louper ses objectifs de réduction d’émissions tant en 2020 qu’en 2030.

Alors bien sûr, la Belgique est un sac de nœuds. Et en la matière, le Fédéral est fortement tenu à ce qu’en disent les Régions – même s’il n’est lui-même pas le dernier à traîner la patte et que ses contributions se font régulièrement attendre.

L’attitude de la ministre relève soit de l’inconscience, soit du mépris, soit de la bêtise.

Mais tout cela, Marie Christine Marghem ne l’a nullement découvert la semaine dernière. Sachant qu’elle allait devoir afficher des ambitions au rabais, n’aurait-elle pas dû au moins avoir la décence de faire profil bas? Voilà pourquoi l’attitude de la ministre relève soit de l’inconscience, soit d’un mépris colossal, soit d’une bêtise crasse. (Notez qu’un panachage n’est pas à exclure.) Sa présence à ce poste relève de l’erreur de casting manifeste – un boulet que Michel semble déterminé à traîner jusqu’au bout.

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