chronique

Une bonne droite, en direct

Benoît Mathieu

Lundi, après sa lourde défaite sur la terre battue de Roland Garros, le Français Maxime Hamou s'est fait remarquer d'une bien mauvaise manière. Alors qu'il était interviewé par une jeune journaliste d'Eurosport, le tennisman l'a serrée contre lui et a tenté de l'embrasser à plusieurs reprises. Tout cela sous les rires des journalistes et chroniqueurs présents en plateau. Alors, sommes-nous encore confits dans le machisme ?

La scène se déroule lundi. Après s’être pris une raclée sur terre battue, le joueur français Maxime Hamou est interviewé par une journaliste. Ni une, ni deux, le sportif la prend – l’agrippe – par l’épaule. L’embrasse à trois reprises, tandis qu’elle tente d’éviter. Et alors qu’elle se dégage, le voilà qui la serre par le cou, avec une main dérapant vers la poitrine.

"Je lui aurais collé une droite"
Maly Thomas
Journaliste d'Eurosport

Sur le plateau, on se marre. ça sent la testostérone et la vieille burne humide. "ça se passe bien, là." Y en a même un qui applaudit. "Fabuleux." C’est du direct, et c’est sur Eurosport.

Cela n’aurait pas été du direct, "je lui aurais collé une droite", a réagi plus tard la journaliste malmenée. Et comment! On aurait même aimé qu’elle lui la colle en direct, cette droite. Cela aurait eu fière allure, comme rappel à l’ordre. Et message à portée universelle.

L’actualité le rappelle sans cesse. Nous sommes encore confits dans le machisme.

On entend déjà les "Mais non", "Faut pas exagérer" et autres "ça ne se passe plus comme ça". Mais si. Maintenant et ici. C’est dans le fond de l’air. L’atmosphère, le climat. Il ne fait pas toujours bon d’être une femme. Ou homosexuel d’ailleurs. C’est même parfois carrément dangereux. L’actualité le rappelle sans cesse. Nous sommes encore confits dans le machisme.

Prenez l’ULB, où l’on recommande aux demoiselles d’arborer un joli décolleté. Machiste? Du tout, à en croire le Journal du médecin, qui semble vouloir se lancer dans une croisade contre ce "pseudo-féminisme condescendant" enfermant "le sexe féminin dans un statut d’éternelle minorité à protéger".

Des chefs d'Etat qui jouent à qui a la plus grosse

Machisme? Il faut voir tout le foin que l’on fait autour des poignées de mains échangées entre chefs d’État. Qui essaie de dominer l’autre, il y a de la symbolique là-dedans, on vous l’accorde. Mais ce n’est pas la seule. On peut aussi y voir deux mâles jouant à qui a la plus grosse. Et pendant ce temps, les dames de ces messieurs se font photographier alors qu’on les promène et qu’on les divertit. Et l’on se réjouit qu’il y ait, pour une fois, un homme parmi elles.

Leur grande absence, aux femmes, homosexuels ou minorités, en dit long sur le monde dans lequel on vit.

Comprenons-nous bien. On ne dit pas que le monde tournerait plus juste s’il n’était régi que par des femmes. Ou des homosexuels. Ou des personnes issues de minorités opprimées. Des imbéciles, il y en a partout, a priori en égale proportion. Il n’y a pas vraiment de raison que le sexe ou les préférences sexuelles disent quoi que ce soit sur l’intellect. En revanche, leur grande absence, aux femmes, homosexuels ou minorités, en dit long sur le monde dans lequel on vit.

On a une théorie sur le sujet – elle vaut ce qu’elle vaut. Ce qui est, notamment, à l’œuvre en la matière, c’est la crainte. Que l’ouverture à l’autre et son respect ne débouchent sur sa propre dilution, voire négation. C’est ce qui donne naissance à des théories fumeuses, style "grand remplacement" ou "si tu donnes ça (l’avant-bras), on te prend ça (tout le bras et l’épaule en même temps, tant qu’à faire)". Parce qu’on a tendance à tout envisager au travers du prisme idiot et réducteur de la suprématie. Si ce n’est pas moi qui domine, je vais forcément finir par me faire dominer.

Ca vaut ce que ça vaut, on vous l’avait dit. En attendant, on a réussi cet exploit. Parler de climat. Et d’imbéciles. Sans citer le nom de l’autre.

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