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La politique, une affaire de familles en Belgique? La réalité est plus nuancée.

Alexander De Croo, fils de Herman, est donc le nouveau Premier ministre. Un de ses très récents prédécesseurs est Charles Michel, fils de Louis. Dans son nouveau gouvernement figure Mathieu Michel, frère de Charles et fils de Louis. L'exécutif wallon accueille pour sa part Christophe Collignon, fils de Robert. Mais pas Denis Ducarme, fils de Daniel, qui a été rattrapé par la patrouille. La politique belge compte quelques exemples notables de "fils de" ou "fille de" à des postes clés. Les ministres Bernard Clerfayt (fils de Georges), Caroline Désir (petite fille de Georges) ou Frédéric Daerden (fils de Michel) ont également des patronymes célèbres. Quelques députés sont dans la même situation. Et les exemples passés sont légions (les Spaak, Eyskens, Moureaux, Simonet, Lutgen, Tobback, Onkelinx, Cerexhe, Mathot…).

Est-ce un scandale? Certains n’hésitent pas à parler de système clanique, dynastique, de caste, de favoritisme, de parachutage voire de féodalisme… La réalité est plus nuancée que cela.

Tout d'abord, le nombre d’hommes ou de femmes politiques qui sont "fils de" ou "fille de" n'est pas si élevé que ça. 2 sur 20 dans le nouveau gouvernement fédéral par exemple. Ensuite, personne n’a été obligé de voter pour ces personnalités. Elles sont donc élues légitimement.

Un nom de famille célèbre aide incontestablement à se faire connaître et à faire le plein de voix. C'est particulièrement utile en début de carrière. Le bonus à la notoriété est énorme, ce qui est encore renforcé par le système des voix de préférence lors d'un scrutin. Rien de tel pour obtenir une place en ordre utile. Un "fils de" ou une "fille de" peut aussi bénéficier des relations et des réseaux de ses parents. Ce sont des atouts considérables. En revanche, cela peut être une arme à double tranchant. Etre plus exposé, c’est aussi être plus facilement critiqué. L’héritage peut être lourd à porter. Il faut se faire un prénom. Faisons un peu de politique fiction. Si Herman De Croo ou Louis Michel avaient fait une carrière politique moribonde, pas sûr que leurs rejetons auraient pu aboutir au "16".

Le phénomène, qui n’est d’ailleurs pas spécifique à la Belgique, s’explique aisément par l’éducation et le milieu dans lequel on baigne. Un jeune peut facilement être attiré par un job dans lequel un membre de son entourage est une référence. Un Charles Michel est tombé dans la marmite politique tout petit. La proportion d’élus qui ont un membre de leur famille (au sens large) doté d’un mandat public est élevée. Dans le gouvernement De Croo, on relèvera que le père du ministre Vincent Van Peteghem était bourgmestre, tout comme le grand-père de la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz.

Fils de? Fille de? Cela ne dit strictement rien de la qualité et de la compétence des principaux intéressés.

Le même scénario peut s’appliquer à de nombreuses professions. On voit régulièrement des fils de médecins, d’avocats ou d’électriciens, par exemple, poursuivre dans la même voie que leurs parents.

Au final, tout cela ne dit strictement rien de la qualité et de la compétence des principaux intéressés, ce qui reste a priori le critère le plus important.

En revanche, ce débat masque en fait deux réalités sous-jacentes qui nous semblent bien plus problématiques. Un: l’ascenseur social fonctionne, mais mal. Parmi les élus, les ouvriers sont rares et les professions juridiques sont surreprésentées. Des parcours à la Elio Di Rupo ou Meryame Kitir sont plutôt des exceptions. Deux: la particratie reste omniprésente en Belgique avec un pouvoir démesuré pour les présidents de parti et un petit cercle de proches qui font et défont les programmes de gouvernement, les ministres et les listes électorales…

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