chronique

Réinvestissons Charleroi!

La chronique de Thomas Dermine, chargé de la relance économique du bassin carolorégien (Plan CATCH post Caterpillar)

"Cette ville, c’est mon histoire. Cette terre est faite de terrils qui brûlent encore, ce qui fait qu’elle irradie quelque chose de particulier. Il y a un truc chargé, très positif, brutal, qui peut soit consumer, soit porter. En tout cas, c’est fort. Cette terre me parle."

Ces mots de l’artiste carolo Mélanie de Biasio décrivent beaucoup mieux que je ne pourrai jamais le faire l’attachement profond que portent les habitants de Charleroi à leur ville.

Le paradoxe économique carolo est là: Charleroi est à la fois la ville wallonne où l’on crée et où l’on détruit le plus d’emplois.

Quelles que soient les images noires que le monde extérieur ait utilisées pour dépeindre leur ville, les Carolos qui y ont grandi en ont souvent des représentations plus lumineuses et lui portent une infinie tendresse. Certaines graines plantées durant l’enfance développent de profondes racines dont il est difficile de se défaire…

À l’automne 2016, la fermeture de Caterpillar a résonné comme une profonde injustice, non seulement pour les travailleurs et leur famille, mais aussi pour la ville et pour celles et ceux qui, souvent dans l’ombre, œuvrent à son renouveau. À nouveau, Charleroi était renvoyée à une image d’échec et aux difficultés de la transition industrielle. Sur la seule période 2005-2015, on estime que 10.000 emplois ont été détruits à Charleroi lors de grands licenciements industriels dont Caterpillar n’est que le dernier épisode.

Au-delà du drame humain de la fermeture du site de Gosselies, c’est donc la persistance du doute et la difficulté à se projeter collectivement dans une nouvelle donne économique globalisée qui amplifie le marasme.

Le centre chorégraphique de Charleroi et l'Hôtel de police de Charleroi. ©Ateliers Jean Nouvel - MDW Architecture

C’est dans ce contexte difficile qu’est né le plan CATCH (www.catch-charleroi.be). Porté par une dizaine de CEO d’entreprises actives à Charleroi et soutenu par le gouvernement wallon et les autorités locales, il vise à accélérer la transition économique de la ville.

On ignore trop souvent que, dans la lignée des génies industriels carolos qui ont créé la prospérité de la Belgique aux 19e et 20e siècle, des hommes et des femmes y travaillent aujourd’hui pour inventer le monde de demain. Sur les 10 dernières années, parallèlement aux licenciements dans les anciens secteurs industriels, 11.000 emplois ont été créés dans des secteurs d’avenir. Que ce soit dans les biotechnologies, dans la manufacture de pointe ou dans de nombreux projets économiques, urbanistiques, culturels ou citoyens, Charleroi s’est mis en mouvement.

Le paradoxe économique carolo est là: Charleroi est à la fois la ville wallonne où l’on crée et où l’on détruit le plus d’emplois. À l’instar des grands projets urbanistiques qui modifient profondément son paysage, le tissu économique de Charleroi se transforme. C’est un exemple parfait de la fameuse "destruction créatrice" au sens de l’économiste autrichien Schumpeter.

L’économie d’une région n’est pas une mer calme mais un océan déchaîné dans lequel, en permanence, des secteurs se créent et d’autres disparaissent. Dans cette tempête économique, le rôle des pouvoirs publics n’est certainement pas d’essayer vainement d’arrêter les vagues mais bien de s’assurer que les embarcations sont solides et que les occupants puissent disposer d’un gilet de sauvetage. En d’autres termes, le rôle de la puissance publique est d’anticiper et d’accompagner ces mutations économiques, notamment par les outils de formation du capital humain, plutôt que d’essayer de les retarder.

Le 7 juin prochain, l’ancien site de Caterpillar ouvrira exceptionnellement ses portes le temps d’une soirée dédiée à la réflexion sur les perspectives de renouveau des villes postindustrielles. Jean-Pierre Hansen, qui a présidé les travaux du plan CATCH suite à la fermeture de Caterpillar, et son homologue Herman Daems, qui a travaillé sur le plan de redéploiement du Limbourg suite à la fermeture de Ford Genk, y échangeront notamment leurs points de vue. La soirée sera animée par Joan Condijts, rédacteur en chef de ces pages. Une occasion intéressante d’être le témoin privilégié de ces mutations en cours à Charleroi et ailleurs…

Informations et inscriptions sur: www.revival-perspectives.com


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