Chypre n'a pas trouvé d'accord avec Moscou

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Paralysée par la crise financière, Chypre cherche toujours, sous la pression d'un ultimatum européen, à éviter coûte que coûte la ruine et la faillite de ses banques, grâce à un plan B protégeant les petits épargnants mais qui reste encore suspendu à l'aval des Européens. La recherche d'un accord avec Moscou a échoué...

Les ministres des Finances de la zone euro se sont virtuellement réunis jeudi soir afin de discuter du cas chypriote. L'Eurogroupe a déclaré, dans un communiqué, être prêt à discuter d'un nouveau plan pour sauver le pays de la faillite. L'Europe attend de Chypre une proposition concrète pour son renflouement. 

Chypre, qui n'a plus accès aux marchés, a besoin d'une aide de 17 milliards d'euros, dont il était prévu que 5,8 milliards soient prélevés via une ponction exceptionnelle sur les dépôts bancaires.

Les bailleurs de fonds potentiels de Nicosie - UE et FMI - refusent  de lui prêter plus de 10 milliards d'euros et tiennent à ce que sa dette n'aille pas au-delà de 100% du PIB en 2020. Ils souhaitent en outre que le pays mette en place une taxe sur les dépôts bancaires qui s'appliquerait uniquement aux dépôts au-dessus de 100.000 euros.

La Banque centrale européenne a prévenu jeudi les dirigeants chypriotes que, faute de solution, elle cesserait dès le 25 mars (soit lundi prochain) de fournir des liquidités d'urgence. Faute d'accord sur une taxation des dépôts, Chypre devrait fermer purement et simplement ses banques les plus importantes et alors quitter la zone euro, a déclaré de son côté une source proche des autorités européennes. 

S&P rétrograde la note chypriote

Dans la foulée, l'agence de notation Standard & Poor's a annoncé abaisser à CCC (contre CCC+) la note du pays. "Tout plan d'aide risque d'être impopulaire et difficile à appliquer dans un contexte de long et profond repli de l'économie (...). En conséquence, nous pensons que les risques d'un défaut sur la dette sont en train d'augmenter", écrit l'agence dans un communiqué.

"Etant donné que les actifs du secteur bancaire domestique de Chypre représentent plus de cinq fois le PIB, nous considérons que la situation de crédit de Chypre est inextricablement liée à son système bancaire", ajoute-t-elle. 

La zone euro attend le plan B

L'Union européenne cherche à actuellement convaincre les dirigeants chypriotes d'instaurer un blocage des capitaux placés dans les banques de l'île pour éviter leur faillite. l'Eurogroupe a encore réaffirmé jeudi soir l'importance de garantir intégralement les dépôts bancaires jusqu'à 100.000 euros.

La protection des dépôts bancaires en-dessous du seuil de 100.000 euros a été ardemment défendue par les grands argentiers de la zone euro après le tollé provoqué par un premier projet prévoyant une taxe sur tous les dépôts, qu'ils avaient pourtant soutenu pendant le week-end. 

 "Les autorités chypriotes ont trois choses à faire d'ici mardi: présenter un plan B crédible et viable pour remplacer le plan de sauvetage rejeté par le Parlement, instaurer un blocage sur une longue période des capitaux placés dans les banques, et préparer la fusion entre les deux principales banques en difficultés", a expliqué cette source sous couvert de l'anonymat. Le risque sinon est une sortie de Chypre de la zone euro, a-t-il averti.

Alors que les banques doivent rester fermées jusqu'à mardi, des ordres ont été donnés pour virer des milliards d'euros placés dans les banques de l'île dès la reprise des activités. Un montant de sept milliards a été évoqué, mais il serait encore plus important, a confié cette source. Beaucoup de capitaux étrangers, essentiellement russes mais aussi britanniques, ont été placés dans les banques chypriotes qui servaient des taux d'intérêts très intéressants, largement supérieurs à ceux offerts dans les autre pays de la zone euro.

Si un blocage des capitaux n'est pas instauré, les banques vont être mises en faillite et l'Etat chypriote devra débourser des sommes très importantes pour régler la garantie assurée à tous les dépôts jusqu'à 100.000 euros, a souligné cette source. Selon elle, la crédibilité bancaire de Chypre est de toutes manières ruinée et plus aucun investisseur n'ira désormais placer de capitaux à Chypre.

En bref

Chypre, membre de l'UE depuis 2004 et de la zone euro depuis 2008, doit trouver les moyens de financer sa part du plan de sauvetage européen qui s'élève à 7 milliards d'euros sur un total de 17 milliards d'euros. Le plan initial, qui prévoyait une taxe sur les dépôts bancaires, devait rapporter 5,8 milliards mais a été rejeté mardi par le Parlement.  Ses partenaires européens lui apporteront en échange 10 milliards d'euros pour renflouer ses banques et payer ses dettes.

Une restructuration du secteur bancaire?

La Banque centrale chypriote a proposé une restructuration du secteur bancaire de l'île, plombé par son exposition à la dette grecque et menacé de banqueroute dans les prochains jours, a annoncé jeudi soir son gouverneur, Panicos Demetriades.

La Banque centrale "a recommandé la présentation en urgence au Parlement et l'application immédiate d'un cadre législatif sur la réorganisation et la relance du système bancaire chypriote", a déclaré M. Demetriades avant d'entrer au palais présidentiel, où étaient réunis les responsables politiques du pays.

"Cette procédure de consolidation va parer au risque de faillite de banque et protéger dans leur intégralité tous les dépôts assurés jusqu'à un montant de 100.000 euros (129.000 dollars)", a-t-il ajouté.

Les Chypriotes craignent un effondrement du système bancaire de l'île. La Popular Bank, deuxième banque de Chypre et l'une des plus menacées de faillite dans les prochains jours en raison de son exposition à la dette grecque, a annoncé jeudi soir une limitation à 260 euros par jour des retraits à ses guichets automatiques.

Vers un fonds de solidarité

Le porte-parole du gouvernement Christos Stylianides a indiqué que Chypre comptait créer un fonds d'investissement de solidarité, basé sur les revenus des hydrocarbures, des obligations et d'autres avoirs afin de lever les milliards d'euros nécessaires au déblocage du plan de sauvetage européen. 

Ce fonds nationaliserait les fonds de pensions d'entreprises publiques et semi-publiques, avec des obligations émises en échange de revenus futurs liés aux gisements de gaz naturel récemment découverts au large de l'île.

La proposition est actuellement examinée sur le plan technique et légal par les services juridiques de la République", a-t-il dit dans un communiqué, sans donner de détails dans l'immédiat, notamment combien d'euros l'Etat espérait trouver à travers cette mesure.  "Un projet de législation est actuellement en préparation (...) qui sera présenté devant le conseil des ministres aujourd'hui (jeudi) à 18H00", a-t-il ajouté. Le vote du Parlement sur ce projet devrait intervenir vendredi.  

Une aide venue de Russie?

Nicosie s'est tournée vers Moscou, partenaire économique de premier plan et avec lequel les liens culturels sont très forts, pour demander de l'aide. Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris a essayé d'obtenir une extension du crédit de 2,5 milliards d'euros accordé à Nicosie en 2011 et qui arrive à terme en 2016.

Moscou a été piqué au vif par le projet de taxer les dépôts bancaires à Chypre jusqu'à 9,9% dans le cadre d'un plan de sauvetage européen destiné à sauver l'île de la faillite, car cette mesure inédite touche en premier lieu les fortunes russes placées sur l'île en raison de son taux d'imposition très attractif.

Mais le ministre des Finances de Chypre Michalis Sarris a quitté Moscou vendredi, sans qu'aucun accord n'ait été annoncé. Les négociations à Moscou entre Chypre et la Russie se sont achevée sans succès, faute d'intérêt des sociétés russes pour les propositions d'investissements dans les secteurs énergétique et bancaire.
Concernant un assouplissement du prêt de 2,5 milliards d'euros accordé en 2011 par Moscou à Nicosie, demandé par Chypre, la Russie "attend une décision" des bailleurs de fonds internationaux de l'île pour décider de "sa participation dans une restructuration de la dette". 

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