Chypre: l'argent russe ne reviendra pas au pays, ou si peu...

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L'argent russe placé à Chypre a peu de chances de revenir au pays. L'environnement n'y est pas assez "accueillant", fiscalement parlant.

Pays-Bas, Luxembourg, Lettonie voire Hong Kong : les destinations ne manquent pas pour les fortunes et entreprises russes désireuses de quitter Chypre après deux semaines de tempête financière, et que Moscou voudrait bien voir revenir au pays.

Pour les experts, un reflux de capitaux vers la Russie est peu probable, faute d'un environnement plus propice aux affaires.

"Après son sauvetage, Chypre ne servira plus de transit pour l'argent russe", résumait cette semaine Cliff Kupchan, du centre d'analyse Eurasia Group.

"Les Européens, en particulier les Allemands et les Finlandais, voulaient voir partir les énormes fonds russes placés chez ce membre de l'UE pour faciliter l'adoption du plan de sauvetage par leurs parlements, et ils vont y parvenir", ajoutait cet expert basé à Washington.

• Régime ultra favorable... jusqu'ici: De nombreuses fortunes ou sociétés russes, en particulier des petites et moyennes entreprises, choisissaient jusqu'à présent de s'enregistrer sur l'île où elles bénéficiaient d'un régime fiscal ultra-favorable. L'impôt sur les sociétés y était fixé à 10%, moitié moins qu'en Russie, et d'importantes exemptions fiscales s'appliquent aux non-résidents, par exemple sur les dividendes et certaines opérations financières, a expliqué à l'AFP Alexandre Zakharov, de la société de conseil fiscal Paragon Advice.

Sous la pression de ses bailleurs de fonds, Nicosie a accepté de relever son impôt sur les sociétés, perdant de son attractivité. Et le remède de l'UE, qui ponctionne les fortunes placées dans les deux premières banques de l'île, risque d'échauder ceux qui sont tentés par l'exil fiscal.

• Où va partir l'argent russe? Les autorités russes, qui font officiellement de la lutte contre la fuite des capitaux une priorité, se sont empressées de vanter la solidité du système bancaire russe. Le Premier ministre Dmitri Medvedev s'est dit favorable à la création dans l'Extrême-Orient russe d'une zone présentant un régime fiscal favorable, afin de favoriser les rapatriements de fonds.

→ Mais un tel système permettrait aux autorités "de savoir qui possède combien et d'où vient l'argent", a relevé l'universitaire américain Sean Guillory. Dans les milieux économiques, l'idée a été reçue avec un grand scepticisme. "Une partie des fonds va peut-être revenir en Russie, mais il s'agira d'une petite partie", estime Mark Rubinstein, analyste de la société financière russe Metropol.

"Ceux qui font transiter l'argent par Chypre ne le font pas parce que la vie y est agréable, mais parce que leurs partenaires ont besoin de travailler avec une société basée en zone euro et que les impôts y sont bas", selon Mark Rubinstein.

• Où alors? Les experts citent parmi les candidats possibles Luxembourg, les Pays-Bas, la Lettonie, voire la Suisse ou l'Autriche. Les Pays-Bas, qui disposent d'accords fiscaux avantageux avec la Russie, figurent en deuxième place derrière Chypre en termes d'échanges d'investissements avec Moscou. La Lettonie est également présentée comme une destination possible en raison de sa forte communauté russophone et des niveaux élevés de dépôts des non-résidents dans les banques locales. Riga, qui aspire à intégrer la zone euro, a assuré jeudi n'observer aucun afflux en provenance de l'île.

L'agence publique russe Ria-Novosti a aussi avancé l'hypothèse asiatique, citant notamment Hong Kong, où est cotée le géant russe de l'aluminium Rusal. "Les banques basées à Hong Kong et Singapour sont prisées actuellement par ceux qui veulent expatrier leurs fonds. Mais il est difficile d'y ouvrir un compte" car il faut prouver mener des activités dans la région et s'y rendre physiquement, explique l'expert fiscal Alexandre Zakharov. Et "partout, les exigences sont de plus en plus élevées quant à l'origine des fonds", souligne-t-il.

• Blanchiment ou pas? Certains hommes politiques européens accusent Chypre, qui s'en défend, de servir de gigantesque lessiveuse d'argent sale russe, provenant de la corruption ou de trafics. Le patron de la banque centrale russe a récemment estimé que plus de 60% des massives fuites de capitaux étaient d'origine douteuse.

"Cela fait longtemps que Chypre n'est plus un lieu de choix pour le blanchiment d'argent", a estimé dans une tribune dans le journal Vedomosti l'éditorialiste Andreï Babitski. "Ceux qui y vont veulent de faibles impôts mais surtout cherchent à fuir un climat des affaires calamiteux" en Russie, a-t-il ajouté.

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