chronique

"Brooklyn", la sortie cinéma de la semaine

Un mélodrame puissant sur l’immigration, mais aussi sur l’émancipation féminine, la découverte de soi et le droit au bonheur.

Dans la course aux Oscars, voici un petit film anglo-irlando-québécois que personne n’attendait. Et pourtant, à s’y intéresser de plus près, on y découvre pas mal de talents réunis. À la réalisation, James Crowley, un metteur en scène de théâtre irlandais à qui l’on doit par exemple l’excellent "Boy A" (2007, avec un Andrew Garfield débutant). Au scénario, l’Anglais Nick Hornby, romancier dont plusieurs best-sellers ont été adaptés au cinéma, par ses soins: "High Fidelity" (2005, avec John Cusack), ou "About a Boy" (2002, avec Hugh Grant). Quant au roman éponyme, il est dû à la plume de l’écrivain irlandais Colm Toibin, à qui l’on doit par exemple un extraordinaire roman sur Henry James, "Le Maître" (2008). Ces trois hommes inspirés se sont mis au service d’un puissant portrait de femme…

"Brooklyn" nous raconte une histoire toute simple mais d’une manière si épidermique, et si sensuelle, qu’elle s’insinue en nous.

Irlande, les années 50. Eilis travaille dans une épicerie où elle n’est pas heureuse. On lui annonce qu’il n’y aura bientôt plus de place pour elle. Mais qu’importe, Eilis a pris sa décision: émigrer à New York, où un prêtre qui connaît sa famille lui a déjà trouvé un emploi. Il lui faut abandonner sa mère, sa sœur, et son cher pays. Une rupture très difficile non seulement parce qu’Eilis se retrouve noyée dans la grande ville, mais aussi parce que les Irlandais sont tellement attachés à leur terre.

La journée, elle travaille dans un magasin chic. Le soir, elle suit des cours pour devenir comptable. Entre les deux, ce sont les dîners à la pension de famille pour jeunes filles… Lors d’un thé dansant, Eilis fait la connaissance d’un jeune Italien, qui ne lui déplaît pas. Se pourrait-il qu’elle soit enfin guérie du terrible mal du pays qui la ronge?

Musique intime

"Brooklyn" nous raconte une histoire toute simple, mais d’une manière si épidermique, et si sensuelle, qu’elle s’insinue en nous. Dans un décor à la Edward Hopper, où les à-plats de couleurs vives se juxtaposent, Eilis suit son bonhomme de chemin. Pas besoin de voix off ni de longues lettres pour que le spectateur partage bientôt tout avec elle. Ses angoisses, ses doutes, ses attentes, une certaine vision du monde… et même ses émotions les plus secrètes.

BROOKLYN Bande Annonce VF

Autour d’elle, le portrait hyperréaliste, d’abord d’une petite bourgade irlandaise, et bientôt d’une très grande ville américaine… Mais au-delà du décor, et de la petite musique intime de la jeune femme, ce sont les rencontres qui s’impriment fortement en elle, et en nous. Cette sœur qu’elle abandonne. Cette compagne de voyage qui l’initie en quelques phrases à la grande Amérique. Ce prêtre dévoué qui l’attend. Ces insupportables compagnes de la pension de Mrs Keogh… Jusqu’à la rencontre avec Tony, un jeune homme d’une douceur extrême, qui pourrait bien venir donner un sens à tout cela.

©20th century fox

Chacun des personnages existe en quelques secondes, en quelques phrases. Au milieu de cette touchante galerie se dresse une simple jeune fille irlandaise, habituée à subir. Et pourtant, un peu plus chaque jour, à force d’observation, de réflexion, et de l’exercice de sa simple féminité, Eilis prend lentement possession – et nous avec elle – de sa propre vie.

 

Note: 4/5

De John Crowley

Avec Saoirse Ronan, Emory Cohen, Domhnall Gleeson, Jim Broadbent, Julie Walters…

 

Nommé(e)s à l’Oscar: le réalisateur, le scénariste mais aussi l’interprète principale, Saoirse Ronan. Repérée dans "Atonement", confirmée par "The Lovely Bones", elle était en pleine possession de ses moyens dans "The Grand Budapest Hotel". La voici au sommet de son art. Face à elle, la révélation masculine évoquerait presque un jeune Marlon Brando. Retenez bien son nom: Emory Cohen, qui donnera bientôt la réplique à un certain Brad Pitt dans le très attendu "War Machine"…

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