Le très attendu "Blade Runner 2049" déçoit

©Sony Pictures

Le film le plus attendu de l’année ne tient pas toutes ses promesses. La faute à trop d’attentes? À trop de respect? À trop peu d’ambition?

Quand ils ont su que le reboot de "Blade Runner" était confié au génie canadien Denis Villeneuve, tous les cinéphiles de la planète ont poussé un grand ouf. Le chef-d’œuvre de Ridley Scott inspiré par la nouvelle de Philip K. Dick pouvait dormir sur ses deux oreilles: Villeneuve éviterait tous les écueils. Recycler complaisamment un univers qui a pesé comme nul autre sur l’esthétique de la fin du XXe siècle? à coup de pluie de cendres, de métropole plongée dans une nuit permanente, et d’hologrammes clignotants? Très peu pour lui… Aller rechercher le personnage de Rick Deckard et le confier à un Harrison Ford devenu depuis 10 ans pratiquement monofacial – à part la lèvre inférieure qui frémit lorsqu’il souffre? Il s’en garderait à tout prix…

BLADE RUNNER 2049 - Bande Annonce

Accepter une intrigue épaisse comme du papier à cigarette, alors que la nouvelle originelle ("Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?") invitait le spectateur à de fascinantes spéculations sur l’avenir de l’humanité, et le partage de la vie avec des intelligences artificielles humanoïdes? Jamais! De "Prisoners" à "The Arrival", Villeneuve était réputé pour la qualité des histoires qu’il porte à l’écran…

"Blade Runner 2049"

Note: 2/5

De Denis Villeneuve

Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Robin Penn, Jared Leto…

Hélas. Trois fois hélas. Rien n’est catastrophique, et on navigue ici au-dessus de la mêlée des habituels blockbusters. Mais rien n’est vraiment aussi génial qu’espéré. Ryan Gosling fait le boulot en reprenant le rôle du Réplicant solitaire payé pour en traquer d’autres… Villeneuve reste un pro de la mise en scène et du rythme à donner à un film pour lui imposer son style personnel… Et on se laisserait presque embarquer par cette suite de séquences lentes jusqu’à l’hypnose, et par une bande-son où de prodigieux effets se mêlent à une musique envoûtante…

Mais au service de quoi? Chaque séquence, presque chaque plan, dans le film de 1982, faisait vibrer le spectateur d’un permanent questionnement métaphysique. Qui est humain? Qui ne l’est plus? Qui croit l’être? Et qu’est-ce qui fait le bonheur: la certitude de posséder une âme? Le doute d’en être peut-être dépourvu? La connaissance de soi? Ou celle de son Créateur?

C’était pourtant la "voie royale"

À l’époque, un simple chasseur de prime très Film Noir, Deckard – revenu de tout, mais pourvu d’un certain humour – se mettait à douter, donnant au récit un caractère philosophique, où l’action, les courses-poursuites et les voitures qui volent prenaient sens. On cherchera en vain ici le prolongement de cette adéquation entre violence, questionnement intérieur et histoire d’amour impossible…

Pourtant notre époque n’attendait que cela. Entre crise existentielle, due au virtuel, et climat en déroute, c’était la voie royale: nous allons précisément "rejoindre" Blade Runner, dont l’action se passe en 2019. Et si L.A. n’est pas encore une mégapole de cendres où on parle japonais, notre météo n’est pas au beau fixe, et les singularités (ce moment imminent où les Intelligences Artificielles supplanteront l’intelligence humaine) se rapprochent et font craindre l’asservissement.

La preuve, sans doute, que le vrai génie du "Blade Runner" de 1982 était un certain Philip K. Dick.

On était donc en droit d’attendre une vraie proposition scénaristique, pour ce nouveau saut dans le temps. Mais "2049" n’a pas grand-chose de neuf à offrir en matière de vertige

Au contraire, il recycle les mêmes ingrédients – rigoureusement les mêmes: architectures dévastées, sable en mouvement et jusqu’à la coiffure de Pris (Daryl Hannah) – mais au service d’une recette beaucoup moins goûtue.

La preuve, sans doute, que le vrai génie du "Blade Runner" de 1982 était un certain Philip K. Dick, soit l’un des plus grands visionnaires du XXe siècle: de "Minority Report" à "Total Recall", en passant par "Ubik" (ou la nouvelle série télé "Philip K. Dick’s Electric Dreams",), l’écrivain maudit n’avait-il pas anticipé tous nos pires cauchemars technologiques?

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