chronique

Une guerre de drones sur grand écran

Un film d’espionnage et d’action, certes, mais surtout un drame cornélien sur les aléas de la guerre.

De Gavin Hood
Avec Helen Mirren, Aaron Paul, Alan Rickman…
Note: 3/5

Les Anglo-Saxons ont toujours une longueur d’avance. Développé depuis 2011, tourné en 2014, ce film répond aux questions que tout le monde se pose en 2016. Comment fonctionne la guerre menée – notamment contre l’État Islamique – au moyen des drones? Qui espionne qui, au sol, en l’air? Qui commande, qui décide, qui envoie la bombe? Quelle est l’échelle de ce genre d’opérations? Quelle visibilité l’Occident a-t-il sur la valeur réelle de ces attaques venues du ciel, et dont personne ne constate les conséquences au sol… si ce n’est les victimes, souvent "collatérales"? Voici, par le truchement de la fiction, quelques éléments de réponse.

L’année dernière Andrew Niccol nous proposait une réflexion dans le même contexte: "Good Kill", avec Athan Hawke, ou quand un major américain amené à appuyer (très) souvent sur le bouton fatal se retrouvait seul en proie aux doutes. Un film sur la psychologie humaine, où les drones occupaient une place importante, mais pas aussi centrale qu’ici. Ce que nous propose "Eye in the Sky", c’est un panorama complet: les différents lieux de l’exercice de pouvoir, la chaîne de commandement, les différentes équipes (sur place et dans les airs)… Bref, la guerre moderne, comme si on y était.

Bande annonce de "Eye in the sky" (en anglais)

Petits soldats

Le colonel Katherine Powell (Helen Mirren) est en charge d’une mission de grande ampleur: capturer vivante une chef extrémiste de Al-Shabaab, au Kenya. Depuis son Quartier Général, elle et son équipe communiquent avec divers lieux stratégiques qui, ensemble, mèneront à bien l’opération. Aux États-Unis, Steve Watts (Aaron Paul, célèbre pour son rôle phare dans la série "Breaking Bad") pilote le drone. Au Kenya, un agent infiltré envoie des mini-espions téléguidés en forme d’insecte pour filmer les protagonistes. À Hawaï, une équipe se charge de manipuler les logiciels qui identifieront les visages.

Et puis il y a le haut commandement, où le général Frank Benson (Alan Rickman) pèse le pour et le contre de chaque décision. Car la mission se corse lorsque l’on découvre dans le lieu de rendez-vous des dizaines de charges explosives qui sont bientôt assemblées sur un kamikaze. Pour le colonel Powell, les choses sont claires: on passe immédiatement d’une mission avec prisonniers, à une mission de destruction pure et simple. Mais la présence de civils autour du bâtiment, et d’une petite fille en particulier, semble gêner certains esprits…

Hors cliché

©Photo News

Un des intérêts de l’histoire est d’avoir choisi comme méchant une Anglaise, radicalisée, en s’inspirant d’un personnage réel, Samantha Lewthwaithe, l’une des personnes les plus recherchées au monde. L’autre, c’est bien sûr l’enjeu moral, qui n’a pas du tout le même impact sur chacun. Le spectateur se retrouve immergé, et se demande sans cesse, en s’identifiant à l’un ou l’autre, quelle décision est la bonne… et s’il y en a une bonne dans le tas. Car on est loin ici de l’action à l’emporte-pièce. "Eye in the Sky" est un film britannique, réalisé par un Sud-Africain, et interprété par des acteurs réputés pour leur finesse: Helen Mirren ("The Queen"), et le regretté Alan Rickman ("Love Actually")… Tout cela permet de poser un regard qui évite la schématisation à outrance, les mâchoires trop serrées et les sourcils outrageusement froncés.

Au final, il apparaît que rien n’est aussi simple que les actualités le laissent penser, lorsque toute cette débauche d’efforts, de temps, de technologie se réduit à une phrase laconique entendue à la radio: "Les numéros 4 et 5 de l’antenne X auraient été éliminés…"

©Photo News

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